‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 73 sur 74 · L^ MORT · texte numérisé non relu

L^ MORT

L'heure phe, ma vie est un oiseau sans aîlei, Mes Yœux. mes passions, mes rfivcs, mes chim&res Semblent de noirs cyprès au seuil d'un cimetière Où ma jeunesse dort parmi les asphodèles.

Grands espoirs d'autrefois, vergers aux pommes d*or. Récoltes dont l'odeur me parfumait les mains, Des ronces maintenant encombrent mes chemins Et les fruits que je cueille ont le goût delà mort.

La Mort, elle est la fleur des étangs d'amertume Où je baigne, le soir, mon front et mes yeux las, La Mort, elle me suit dans l'ombre et sous la lune, La Mort, elle est partout où je porte mes pas.

. Souvent, pour me parler, elle emprunte la voix De la bise qui rôde aux portes des villages ; Qu'un rèvc impérieux m'égare dans les bois. Je l*cntcnd> chuchoter à travers les branchages.

PûfeMlSDB LA rORÊT

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Comme j*oi rcgardi! sa face sans terreur,

Je iujs !c favori de celte courtisane ;

M^attiranl en sa couche où dos roses se

Elle compte ceux (|UÎ se crurent sc$ vainqueurs.

se Talent,

Elle me dit : u Les cIlcu3£, dans rOlympc^clataiit^ Chantaient et savouraient la sublime ambroisie ; Je passai... clicrche au3L monts de Grcce et d*ItaHc, Pcul-èlre verras-lu les traces du Grand Pan, Mais des fils de Chronos pas môme une effigie.

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n Quand le Galilccn éploya sur le monde Un voile de tristesse et de contrition, J'étais là — je rendis à jamais inféconde La semence où germait sa pâle illusion Et je flétris les fleurs de la rédemption.

i( A ce pain, à ce vin qu'il partage à la foule, En symbole d*amour ei d'immortalité.

Je mOlc de la cendre et Tcau morne qui coule. L'hiver, du toit rompu des temples ruinés.

<c Trônant en son palais nuageux, la Science Jure de rénover les cerveaux et les cœurs Et verse, goutte à goutte, un philtre de Jouvence Aux hommes enivrés d'orgueil et d'espérance — Mais c'est moi qui distille en riant la liqueur.

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41 Les grands voluplueu^, quî cLcrchcnl F infini Dans la chair frémissant sous. leurs Icvtes ardentes, Croienl m'celiappci entre les bras de leurs aman les — Leur songe csL ud miroir que mon soufOe ternit.

<i Us ont sucé le lait amer de la débauche, Leurs reins se sont plies tut travaux de Tamour, ils m'oublient.., cependant, je m*approcbc& pas sourds, l^'^mû penche sur eux et, soudain, je les fauche, M

< Le riche en son outo gronda nie me courrouce ; n est Hcr d'abolir Je temps cl la distance.

Moi, d'un large coup d*alle, au fossé je le pousse, £t brisant les ressorts que son sang éclabousse, * Sourde ^ ses cris, je rcngloulls dans mon silence.

«t Mais j'endors doucement 1c pauvre qui ebcmine Par le» sentiers perdus qu*embaumc Taubcpine; A Thcure grave où s'assombrit le crépuscule Je libère son cœur des soucis qui le minent Et jo lui tisse un frais iinccul de campanules.

« Tous les humains : l'enfant cl sa grâce animale,

Et U femme, mon piège à capturer les màlcs,

El lo vieillard tournant vers moi ses yeux moroses

Mo livrcnl un tribut dont les vers se régalent

El j'en fais les terreaux où pousseront mes roses, a

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La Mort se tait, cl jo lu! dis : u Jt le v<Snèrc,

Gir ta boudtc est la coupe où j'ai bu la beauté ; Parce que lu guéris de toutes les misères , Je veux le suivre au fond de ton £lcrnllé.

« Prends-moi dans la foriit qui mo sacra poète, Que ce soit par un soir de brise éolicnne Ou les bouleaux plaintifs chanteront sur ma tète : Belle, je mettrai mes deux mains dans les tiennes

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a Tu quitteras pour moi ta couronne et tes voiles, Tu me prodigueras tes plus profond baisers • Et, me réfugiant entre tes bras glacés, Je m*en irai, joyeux, dans la nuit sans étoiles. »

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