‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 15 sur 83 · DANS LES PRES · texte numérisé non relu

DANS LES PRES

•t là, parmi les fleurs innombrables, mes yeux )ccupés tour à tour des mille petits êtres De l'herbe et de l'azur des deux,

.'oreille aux bruits, aux chants, aux infinis murmures Des haleines errant au front des moissons mûres, ■le bercer doucement et dormir à demi, ■ans remords ni regrets, sans projets ni pensée, ■ous les arbres du bois profond, mon vieil ami, Où mon enfance est dispersée ;

roir passer vaguement, comme en songe accourus ]t glissant sur les fleurs, tous les chers disparus Lvec qui je foulais autrefois ces collines, X retrouver leurs voix, leurs rires, leurs chansons )ans les feuilles ou l'herbe, ou les eaux cristallines, Ou le cantique des moissons.

Quelqu'un vient par le fond de l'étroite vallée, Une forme légère et qu'on dirait voilée... Elle glisse, pieds nus, sur les narcisses blancs. « Enfance! douce fée 1 » Elle sourit et passe, Et gravit la montée à pas muets et lents, Et dans l'azur laiteux s'efface...

Soudain, des écoliers joueurs sortent du bois, Leurs mains pleines de nids... Je distingue leurs voi Et pourrais les nommer de leurs noms au passage. « Mes amis! mes amis 1 » Ils se sont retournés, M'ont regardé, n'ont pas reconnu mon visage, Et sont partis tout étonnés...

Qui donc chante là-bas, près des aulnes où muse Le ruisseau nonchalant qui va, revient et ruse Avec la pente qui l'entraîne au gouffre amer ?

DANS LES PRT.S 43

Des faneuses, bras nus au soleil, jambes nues Dans l'herbe, et le gosier plus joyeux et plus clair Que l'alouette dans les nues.

Ohl je les reconnais toutes. Adolescent, feus souvent sur le mien leur regard caressant, Et le premier baiser d'amour m'est venu d'elles. Elles vont m'accueillir dans leur ronde. Je cours...

— Personne ! — Sous un vol de vertes demoiselles

Le ruisseau fuit comme les jours...

it le rêve est fini; la vie est là, si rude,

3 ui me reprend avec ses gestes d'habitude,

>i loin de l'ombre et des grands souffles apaisants...

— Oh ! pour un jour, pour un seul jour, ou pour une heure, Dans les prés tout en fleurs retrouver ses quinze ans I . . .

Après, qu'importerait qu'on meure ?

LES « C^ST^G-X.^IXES

ilciT jours le vent du sud en flottes fantastiques A charrié de lourds nuages ruisselants Qui passèrent, là-bas, sur nos sommets celtiques Et gonflèrent marrons et glands.

Et je songe qu'au clair soleil d'octobre, ou même Sous un ciel gris et doux traversé de corbeaux, A grand bruit le menu peuple des mas essaime Vers les combes et les coteaux

* Ramassears de châtaignes.

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