‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 16 sur 83 · CASTAGNAÏRES · texte numérisé non relu

CASTAGNAÏRES

Du les châtaigniers roux de leurs larges ramures Dnt déjà laissé choir sur le sol blanc d'aiguail, >ar vastes chapelets bruns, les châtaignes mûres En fin corset glacé d'émail.

Les corneilles en ont déjà croqué plus d'une, Et sur d'autres le lièvre a mis sa dent, la nuit ; L'écureuil même a profité du clair de lune Pour en rouler vers son réduit.

Vlais les paniers pansus et les amples corbeilles Et le char s'empliront encore bien des fois, Vlalgré le lièvre et l'écureuil et les corneilles Et tous les écumeurs des bois...

A. l'œuvre tous ! — Les mains plongent dans l'herbe fraîche, Et plus d'un a l'onglée et souffle sur ses doigts; Mais on fait de grands feux, on se chauffe, on se sèche, On rit, on chante à pleine voix.

Des disputes, des flirts rustiques, la trouvaille D'une tribu de beaux cèpes, d'un hérisson, — Bogue grise et vivante, et celle-là de taille, Et qui n'ouvre pas sa prison...

Tout amuse et distrait. Et quand l'estomac clame, Dans un tronc caverneux où, l'hiver, le loir dort, Les marmots font griller sur la fougère en flamme Les châtaignes de sucre et d'or.

Le soir on s'en retourne à la ferme lointaine, Beaucoup moins las qu'au temps des foins et des moiss La jupe un peu trempée, ou le tricot de laine, Mais la lèvre ouverte aux chansons.

Un brouillard fin bleuit la cime des futaies Que le vent du midi berce en les effeuillant; Le long du chemin creux le merle dans les haies Sautille et s'enfuit en riant,

Parce que, sous le houx épais qui les protège Au détour du chemin et leur permet d'oser, Il a surpris un jeune échappé de collège Dérobant à Rose un baiser...

Une idylle d'automne, aussi douce et plus pure Que celles qu'abritaient les cerisiers en fleurs ; A qui ne manque rien, — pas même la torture De l'adieu prochain et des pleurs...

CASTAGX AIRES » 47

alentissez vos pas dans le chemin propice, lottissez-vous bien près l'un de l'autre en marchant, Duissez des émois de votre amour novice Et de vos deux cœurs se touchant;

t sachez que jamais, jamais, quoi qu'il arrive, ous ne retrouverez, vivriez-vous cent ans, [es pauvres chers petits, la source fraîche et vive Où vous buvez quelques instants.

Page 1