SOUS LA GRIFFOULE
L'hiver... C'est la saison de célébrer les houx, Et ce sera bientôt aussi pour moi, j'y songe, Celle d'aller encor, lorsque l'adieu si doux De nos pâles soleils d'automne s'y prolonge,
M'asseoir souvent, avec quelques contemporains, Sous la haute grirFoule aux solides ramures Qui de la bise aiguë abritera nos reins Et bercera nos souvenirs de ses murmures,
Tandis que dans le ciel lentement vogueront — Évocateurs ailés de suprêmes voyages, Faisant vers l'infini se lever notre front — Les oiseaux migrateurs fuyant sur les nuages.
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L au v RE s riches qui dans leurs grands palais modem' Ont chaud sans jamais voir le feu,
Sans jamais, par les soirs d'hiver transis et ternes, Tisonner en rêvant un peu!
Voir le feu, le feu clair, le feu flambant des bûches Qui danse et chante dans le noir,
Rouge ou pâle, ou tout blond comme le miel des rucht Toujours joyeux comme l'espoir...
EX ÏISONN A N T S 5
Niais n'aurait-on au monde amis, enfants ni femme, Ni chat, ni chien, ni livre aimé,
Que Ton se sentirait moins seul à voir la flamme Sourire dans l'âtre enfumé.
Le feu 1 — Qu'ii naisse et cherche en crépitant sa voie ;
Qu'il grandisse et s'.élance enfin, Enveloppant de ses langues rouges sa proie,
Genêt, olivier, chêne ou pin ;
Qu'il gronde en dévorant le cœur après l'écorce, Et qu'il flotte comme un drapeau
Triomphant, orgueilleux, enivré de sa force, Qu'il est vivant et qu'il est beau 1
Et lorsqu'il tombe ensuite et lentement s'apaise,
Et qu'il laisse à peine courir Quelques légers frissons violets sur sa braise,
Sourires de qui va mourir,
Comme il nous charme encore et comme il hypnotise Nos yeux et notre âme à la fois,
Et nous replonge au rêve où nous plongeait la brise Qui le berçait arbre des bois!
Regarde le feu, vieux poète Rongé d'ennuis et de regrets.
Que te dit la braise muette Qui sera de la cendre après?
Elle me parle... Oh! non, je n'ose Dévider une fois encor • Tout ce long chapelet morose Où sont si rares les grains d'or...
J'ai tisonné chez mon aïeule, Où la pierre du vieux foyer N'était rien qu'une vieille meule Mise là par un vieux meunier.
J'ai tisonné près de ma mère, Quand je revenais du chef-lieu, Écolier épris de chimère, Mais si longtemps privé de feu;