EN TISONNANT
Puis chez mes deux sœurs.. . L'une est morte ; Mais l'autre, quand je la revois, Dès qu'elle a refermé sa porte, Sur les landiers jette du bois...
Et que d'autres foyers encore Où je n'ai tisonné qu'un soir Et que j'ai quittés à l'aurore Pour jamais plus ne m'y rasseoir!
Mon Dieu, si ta mansuétude Me laisse vivre encore un peu, Donne à ma grande lassitude Un foyer toujours et du feu,
Pour que jusqu'au bout je tisonne, En écoutant gronder le vent Sur la campagne qui frissonne Et sur le toit qui me défend;
Pour que la chanson coutumière De la flamme sur le chenet Mette à ma lèvre la prière Qu'enfant ma mère m'apprenait;
Et qu'à l'aspect du peu de cendre Qu'un chêne dans l'àtre noirci Laisse, en chrétien je sache attendre Que mon cœur tombe en cendre aussi,
Tandis que, pareille à la flamme Qui monte droite du tison, Vers toi s'exhalera mon âme, Enfin libre de sa prison.