‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 20 sur 83 · POUR L ARBRE · texte numérisé non relu

POUR L ARBRE

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tA Henri Tradalès.

Ils y reviennent tous à l'arbre tutélaire, ancêtre et protecteur de l'homme et des sillons, }u toit battu des vents dont il rompt la colère, 3u sol qui penche au gouffre et de la source claire Qui chante en buvant des rayons.

ls y reviennent tous : le savant et l'artiste, Et le législateur, hier mauvais berger, it le snob, fou de sport, que le désert attriste, :t le Poète... Non, le Poète persiste; Lui seul n'avait pas à changer,

6o RONCES ET LIERRES

Car toujours, et depuis ses plus lointains ancêtres. Le Poète aima l'Arbre et son âme et ses voix. Virgile à Rome n'a regretté que ses hêtres; Et nous, depuis Ronsard, — les petits et les maîtres, - Maudissons les bourreaux des bois...

Ecoutera-t-on mieux le savant que le barde, Le Journal que la Muse? Et verrons-nous, demain Sur le sol écorché que le soleil lézarde, Nos rustiques, pour leur lointaine sauvegarde. Planter des arbres de leur main?

Je n'y crois pas. — Le bon vieillard de La Fontaine, Qui plantait en songeant à ses petits-neveux, Avait foi dans sa race et savait que le chêne Couvrirait un arpent de colline ou de plaine Avant qu'ils disparussent, eux !

Pour qui nos paysans sèmeraient-ils encore Les faînes et les glands des futures forêts? Pour leurs fils? Paris les leur prend et les dévore; Et, s'il leur en reste un, par hasard, il n'adore Que la pipe et les cabarets.

pour l'arbre 6i

Que leur fait l'avenir du champêtre héritage? Ils ont tout renié, même les ascendants Qui le leur ont conquis et légué d'âge en âge ; S'ils pouvaient le sucer, le tarir davantage, Le détruire, ils mourraient contents.

Un beau coin de forêt se monnaye en une heure, On le vend; et la scie à vapeur, un matin, Grince sur les vieux troncs où la chouette pleure; Puis la dent du troupeau ronge ce qui demeure, Et le sol descend au ravin...

Mon grand-père disait fréquemment à mon père : « Quand tu coupes un arbre, enfant, plantes-en deux 1 » Sagesse démodée à laquelle on préfère Ce conseil : « Mets partout de la pomme de terre ; Engraisse des porcs et des bœufs. »

Et vous pensez, savant, orateur, publiciste, Conférencier lâché sur ce thème nouveau, Que de notre rustique âpre et positiviste, Et pour qui — grâce à vous — nul au-delà n'existe, Vous retournerez le cerveau?

11 fallait lui laisser l'idéal et le rêve, Sa couronne de fils forts et respectueux, Ne pas vider son cœur de croyance et de sève. Puisque sur la foi morte aucun germe ne lève Et qu'aux bois même il faut les cieux...

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