‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 23 sur 83 · LA MORT DES CHATAIGNIERS · texte numérisé non relu

LA MORT DES CHATAIGNIERS

En un geste de mains vers le ciel bleu tendues, Redemandant l'ombre et le frais

Pour les morts de la tombe et les blés des guérets, Et les claires sources perdues :

La foi vive d'abord, et l'eau courante après.

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ROXCES ET LIERRES

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Inaugurez, inaugurez

A travers vos champs et vos prés.

De beaux petits chemins ferrés

Qui vous mèneront à la ville

En bien moins de temps qu'il n'en faut

Aux nuages courant là-haut

Comme des oiseaux à la file.

Sur ces beaux rails noirs et luisants Les vovages sont si plaisants !

Alignez-en donc tous les ans Des kilomètres et des lieues :

INAUGUREZ ! 71

Et vous irez, gens de Limoux, « Voir votre Carcassonne », tous, « Derrière les montagnes bleues »...

L'aïeul en prenait le chemin,

De loin en loin, bâton en main,

Et marchant jusqu'au lendemain

Pour arriver jusqu'à la porte

De quelque avocat renommé ;

Il en revenait affamé,

Poudreux, courbé comme un cloporte.

Ahl le pauvre homme! — Et notez bier

Qu'avant l'âme d'un vrai terrien

L'aïeul n'allait jamais pour rien

Visiter la cité lointaine;

Vous, vous irez pour le plaisir :

La vapeur vous fait du loisir

Et des écus à bourse pleine.

Il faut se retremper un peu ; La bourgeoise est si pot-au-feu !

Vivent les beautés du chef-lieu, Et ses cafés et ses théâtres,

La Loge où le progrès se fait, La préfecture et son préfet, Et les maisons Tellier folâtres!

On y laisse quelques écus; Mais on en repart convaincus Que les préjugés sont vaincus Et que la lumière est en marche ; Qu'on est bien du dernier bateau, Et non plus avec le troupeau Que Xoé parquait dans son arche...

Sans doute, en rentrant au logis On y peut trouver du gâchis; Quand les ressorts sont avachis, La machine hésite ou s'arrête; Les moissons traînent, ou les foins, Les bêtes demeurent sans soins, Les valets aussi font la fête,

Qu'importe? Les choses iront Autant que nous. Nos fils prendront Ce que les lois leur laisseront — Assez peu de chose sans doute —

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Du bon vieux domaine ancestral...

En attendant le saut fatal

Cueillons quelques fleurs sur la route!.

Inaugurons encor, toujours,

Avec ministres et discours

Et cavalcades sur le cours,

De beaux chemins de fer, sans trêve ;

C'est l'avenir, c'est le progrès :

Même les morts sous les cyprès

Doivent prendre le train — en rêve.

Ahl qu'il fait bon vivre en nos temps! Laissons de rares mécontents Les blasphémer entre leurs dents ; Narguons leur pessimisme austère 1 Travailler? épargner? vieux jeu :

Puisque le Diable a chassé Dieu, Mangeons avec lui notre terre !

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.Elles y sont encor toutes, ou presque toutes, Sur les talus, aux carrefours de nos chemins, Et même par endroits au bord des grandes routes, Les croix vers qui jadis on nous joignait les mains

Malgré le vent mauvais qui souffle de la ville, Nul ici n'osera, de bien longtemps encor, Leur jeter en passant un blasphème imbécile Ni supprimer leurs bras ouverts sur les blés d'or..

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