‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 25 sur 83 · RUCHES MORTES · texte numérisé non relu

RUCHES MORTES

HUCHES SCOUTES

vi une « Isolée

iVlox père avait jadis un superbe rucher Qui bourdonnait, la nuit, comme une ville en fêtes, ht dont les seuils laissaient, de l'aurore au coucher, Vers la bruyère en fleurs fuir leurs milliers d'avettes.

Vivantes balles d'or, dans l'air frais du matin illes filaient, vibrant en trajectoires folles, Et revenaient, le soir, lourdes de leur butin Et teintes des couleurs des tremblantes corolles.

Le miel, deux fois par an, coulait à flots chez nou: Tous les malades en goûtaient — grâce à ma mèrt Et la cire, fondue en de beaux cierges roux, Brûlait devant l'autel, — à l'insu de mon père...

Brusquement le rucher devint silencieux, Ses seuils déserts, les fleurs de nos coteaux sans ailes Juin ne mit plus d'essaims dans nos poiriers joveu> Et mon parrain ne fit point de ruches nouvelles...

On souleva les lourds couvercles des cités : De grands trous noirs béants, avec des ravons vides Ni reine ni sujets. — Des frelons irrités Besognaient dans les coins, déménageurs avides;

Puis vinrent les fourmis, croque-morts noirs ou roux Les papillons de nuit, rôdeurs de cimetière, L'araignée aveuglant de ses toiles les trous Par où jaillit longtemps le peuple de lumière.

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