‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 27 sur 83 · CHEZ MES RUSTIQUES · texte numérisé non relu

CHEZ MES RUSTIQUES

Je lui dis : « Vois ce laboureur, Cette fermière avec ses mioches, Ces porteurs de faux ou de pioches, Ce pâtre en manteau d'empereur !

« Ils sont beaux plus que maint poème Dans lequel nous les célébrons ; Le laurier siérait à leurs fronts Mieux qu'au front de Virgile même...

« Vaguons un peu sur ces terrains Aux grands sillons bruns parallèles :

Connais-tu des pages plus belles Et de plus purs alexandrins?

« Asseyons-nous dans les bruyères Pleines d'abeilles le matin :

Près du leur, que vaut le butin Par nous porté chez les libraires?...

« Vois-tu ce hêtre au blanc manteau ?

Deux noms croissent dans son écorce; Un amour livresque est sans force, Mais celui qu'on grave au couteau!...

« Au vieux clocher l'angélus tinte, Inclinant les fronts bruns ou blancs; Et nul génie en ses élans N'alla si haut que leur voix sainte...

« Regardons-les rentrer, le soir, Poudreux des cendres de l'éteule, Las et courbés et le corps veule, Mais le cœur tout vibrant d'espoir.

« Ils feront leur prière encore Pour de la pluie ou du soleil, Déjà gagnés par un sommeil Qui durera jusqu'à l'aurore...

« Six jours ainsi remplis et sains, Entrons, le septième, à l'église, Où le vieux prêtre évangélise Et prêche la Vierge et les Saints;

« Ils sont li tous, leur grand rosaire Ou leur vieux paroissien aux doigts; Ils chantent de leur rude voix, Oubliant fatigue ou misère...

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