DOIGTS DE MORTE
<DOIGTS T>E OvCO^TE
«yi mon ami <A. 'Driesle
l\u déclin des chaleurs torrides.
Vers le fond des grands prés arides, Sous les noisetiers, près des eaux, Naissent les fleurs mélancoliques De septembre, les fins colchiques Aux longues urnes en fuseaux.
Leur chair délicate et rosée Croît vite, même sans rosée; Douces fleurs d'arrière-saison,
Elles ont si hâte de vivre, Si soif de l'air qui les enivre, Et si peur du premier frisson!...
Chez nous encore on les appelle
« Doigts de morte » ; et l'image est bell
Doigts de mortes jeunes, s'entend,
Qui regretteraient la lumière,
Et, s'échappant du cimetière
Qui les prit par un soir d'autan,
Retourneraient dans les prairies Où pleuvent les feuilles flétries Des peupliers et des bouleaux Y refleurir quelques semaines, Puis, sentant les bises prochaines, Se recoucher dans leurs tombeaux...
Petites mortes ingénues,
Nous vous avons jadis connues;
Vous aviez dix, douze ou quinze ans;
Vous étiez longues, frêles, roses,
Avec de languissantes poses
Et de beaux grands yeux trop luisants.