‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 35 sur 83 · DOIGTS DE MORTE IO · texte numérisé non relu

DOIGTS DE MORTE IO

Nous vous aimions plus que les autres; Et nos mères plaignaient les vôtres, Et parfois nous disaient tout bas :

« Rose, Miette, Alexandrine Mourront jeunes de la poitrine :

Ne vous en amourachez pas! »

Et nous les aimions davantage...

Toutes moururent avant l'âge ; Et c'est pourquoi Dieu, très clément, Permet sans doute qu'à l'automne De son beau ciel trop monotone Elles descendent un moment,

Afin qu'en longeant la prairie

De demi-deuil soudain fleurie,

Le poète au deuil éternel

Ressuscite dans ses pensées

Tant d'enfantines fiancées

Qui n'ont trouvé d'époux qu'au ciel.

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I l est mort à son tour, le pauvre vieux curé Si secourable et cher à tous, si vénéré,

Vrai pasteur selon l'Evangile, Qui guida cinquante ans et sans faiblir un jour

— Ame ardente en un corps fragile — Son troupeau de mineurs ou de gens de labour.

II s'en va, le bon vieil ami de Jean-le-Pàtre. Tous deux bergers, tous deux ont cessé de combattn

Pour leurs brebis loups et démons.

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