LA MORT DU PASTEUR IO
Ui\ même paradis les réunit, je pense,
Comme autrefois landes et monts Où la bruyère en fleurs vit jouer leur enfance.
Aux champs de la Xiade et de Ginestouzet, Où l'un prenait racine, où l'autre ne faisait
Que quelques visites furtives, Leurs petits-neveux vont fraternisant encor,
Dans les genêts, près des eaux vives, Jouant les mêmes jeux dans le même décor.
C'est là, dos au Lagast et face à Peyrebrune,
Que je voudrais vos deux tombes n'en faisant qu'une
Se détachant sur la hauteur, Pour l'honneur de mon coin de terre et pour l'exemple,
Berger épique et saint pasteur, Des vertus de la glèbe et des vertus du temple...
Mais non, il n'y faut point songer :
Mort ou vivant, le bon berger Doit demeurer parmi ses ouailles.
On ne verra plus ta jument, Mon cher curé, trotter gaîment Sur la mousse ou dans les pierrailles,
Comme aux jours lointains où parfois, A travers bruyères et bois, Tu venais voir ta maisonnée, Goûter le miel, le vin nouveau, Bénir quelque récent berceau Et tes vieux sous la cheminée.
Et l'on ne verra pas non plus, Sous les chênes aux bras velus Parés des splendeurs hivernales, Quelque rustique corbillard Ramenant, drapé de brouillard, Ton cercueil aux landes natales.
Tu dors aux lieux où si longtemps
Tu consumas tous tes instants
De jour, de nuit, hier encore,
A soutenir, à relever,
A conduire, éclairer, sauver
De pauvres gens que l'on ignore ;
Debout bien avant l'angélus, Veillant quand rien ne bougeait plus Dans les champs et dans la bourgade ;