‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 50 sur 83 · LA VEUVE PAYSANNE I · texte numérisé non relu

LA VEUVE PAYSANNE I

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il éroïque, elle aussi, de cœur haut, de bras ferme, La veuve paysanne à qui, depuis vingt mois, Incombent les labours, les marchés, les charrois Et le gouvernement tout entier de la ferme.

Au mois d'août, on lui prend soudain ses trois garçons (Et deux sont morts déjà), son valet de charrue Et son berger... Sa fille, un instant accourue, Lui laisse ses marmots — et repart sans façons...

Et plus un journalier valide en la contrée;

Un chemineau douteux pour garder le troupeau...

Mais la veuve n'a pas plié sous le fardeau.

Car plus la tâche est rude et plus elle est sacrée :

Repas des gens, repas des bêtes, basse-cour, La traite des brebis une heure avant l'aurore, Le lavoir, les oisons qui vont bientôt éclore ; Et, pour se délasser, semailles et labour.

Car elle guide aussi la charrue et la herse, Ses pieds dans des sabots et ses jupes au vent, A travers les guérets, les corbeaux la suivant, Dont le cri de malheur par instants la transperce..

Il faut porter le lait au village lointain, Faire aiguiser le soc et la pioche à la forge, Aller moudre au moulin perdu dans quelque gorge Mettre du bois au four et la pâte au pétrin...

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