‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 57 sur 83 · A LA NEIGE · texte numérisé non relu

A LA NEIGE

^4 Lui 'MEIGE

IN eige que j'ai tant aimée

— Trop — quand j'étais écolier Ou chasseur, par le hallier Traquant la bête affamée ;

Neige que, plus tard, souvent

— Trop encor — j'ai célébrée, Quand j'avais l'âme altérée De mes souvenirs d'enfant;

Blanche muse nostalgique, Endormeuse de tout bruit, Qui rends songeuse la nuit Et fais le réveil magique,

Je ne t'aime plus, hélas!

Depuis que, dans les tranchées, Tes froides fleurs par jonchées Couvrent nos petits soldats;

due tu fais plus froide encore La boue à leurs pieds plus lourds, Plus mornes leurs sombres jours, Plus désolante l'aurore;

Depuis que sur les blessés, Quand la bataille s'apaise, Tu mets la tiédeur mauvaise De tes perfides baisers;

Et sous leur paupière lasse, Au lieu du divin sommeil, Le coma qui les terrasse Et qui n'a point de réveil...

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