‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 58 sur 83 · A LA NEIGE I · texte numérisé non relu

A LA NEIGE I

On dit pourtant que tu gardes De l'hiver le grain de blé, Qui sans toi serait gelé Au sillon où'tu t'attardes ;

Serait-ce que nos soldats Te sont moins chers que les herbes?...

Pour qui donc fais-tu les gerbes Qu'ils ne moissonneront pas?

Or la Neige dans un songe, — Un de ces songes troublants Où, par les Noëls tout blancs, Son charme endormeur nous plonge,

La Neige m'a répondu :

« Poète, je hais la Guerre, Q.ui souille et meurtrit la Terre Où Jésus est descendu ;

Ij8 LES PAYSANS ET LA GUERRE

« La Terre qu'il avait faite Pour les fleurs et les moissons, Les berceaux et les chansons, Et les Gloria de fête.

« Aussi quand deux empereurs, Grisés d'orgueil et de rage, Lui font le suprême outrage D'en déchaîner les fureurs,

« Dieu me délègue... Et j'étanche De mon mieux le sang versé, Puis sur le sol défoncé J'étale ma robe blanche;

« J'endors le blessé, martyr Dont il prépara la palme, Et je fais la nuit plus calme A celui qui doit guérir;

« Et, bien loin que je torture Vos héros dans leurs abris, De mes édredons fleuris Je double leur couverture.

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