‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 61 sur 83 · L'ALOUETTE 'DE VET^DU · texte numérisé non relu

L'ALOUETTE 'DE VET^DU

Tour Marcel jLlvernhe.

Vous avez lu ce trait du récit d'un blessé Relevé près de Vaux, au revers d'un fossé, Durant un des répits de la dure bataille. Lorsque les obusiers lourds aux rauques abois

Et les canons de toute taille ^'arrêtaient de cracher leurs gaz et leur mitraille,

Sur la colline, entre les bois, 1 entendait, voyait chanter une alouette, îrusquement l'ouragan de feu couvrait sa voix. Vinsi que l'Océan celle de la mouette.

l68 LES PAYSANS ET LA GUERRE

Mais dès que les monstres hurlants Se taisaient de nouveau, vides, fourbus, brûlants, L'oiseau gaulois, son bec dressé vers la lumière, Chantait à nos soldats sa chanson coutumière.

Et que disait cette chanson D'un oiselet ardent que la prime saison Eveillait à l'espoir et mettait en prière ?

Elle disait : « Seigneur, épargnez la moisson; Commandez à la Mort d'être moins meurtrière. Assez de jeune sang n'a-t-il donc pas coulé. Et faut-il en charniers changer nos champs de blé ? »

Mais les gros obusiers aboyaient de plus belle; Les mitrailleuses ricanaient comme l'enfer, Et les hommes tombaient sous la flamme et le fer, Telle sous les grêlons, en juillet, la javelle...

Puis une autre accalmie. Et le pauvre oiselet Reprenait en disant : « Seigneur, puisqu'il vous plaît De mettre en vos greniers tant de gerbes humaines,

Emportez vite en paradis Les âmes de ces corps sur la glèbe raidis. Mais vos granges, là-haut, ne sont-elles point pleines?

l/ALOUETTE DE VERDUN 169

^aissez vivre, Seigneur, et faites triomphants

2e qui reste à la France en deuil de ses enfants!...

/ous qui, malgré l'obus, l'incendie et les bombes,

Sur nos coteaux et dans nos combes vlénagerez un peu d'herbe au creux des sillons 'our abriter demain mes frêles oisillons, épargnez les cités, les mas et les villages,

Les nids humains debout encor,

Les temples où sont vos images it d'où les âmes vont reprendre leur essor ! Mtiél... » — Mais l'horizon de nouveau s'illumine De mille éclairs suivis d'affreux rugissements. ^'air gémit et le sol bondit; des régiments

Remplacent ceux qu'on extermine; Zt l'Antéchrist, debout, là-bas, sur la colline,

Préside à ces égorgements.

>/ain3 et derniers efforts d'une stérile rage! ji terrible et si long que puisse être un orage, l'est un orage : il passe, et l'arc-en-ciel revient;

L'enfer s'essouffle, et Verdun tient...

:t l'alouette ajoute à son vaillant poème ,e cri fier et joyeux : « Vive France quand même ! »

'ItESTECT *A LEU1{.S TOMBES

Faucheurs qui faucherez demain Les prés voisins de nos frontières.

Songez qu'au bord de tout chemin Beaucoup sont de verts cimetières,

Où, par le hasard des combats, Avant vous la grande Faucheuse A passé, couchant nos soldats Sous la glèbe froide et fangeuse.

Ils y dorment depuis des mois, Sans cercueil, à même l'argile; Leur képi sur la croix' de bois Si primitive et si fragile,

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