RESPECT A LEURS TOMBES
A sans doute, hélas! disparu; Et plus rien ne marque leur place Qu'un gazon plus vert et plus dru :
Gardez que la faux ne l'efface I
Ainsi que sur leurs corps raidis On jeta la capote grise, Laissez sur ces pauvres petits De l'herbe ondulant sous la brise...
Moissonneurs qui, demain aussi, Moissonnerez la plaine blonde, De tel petit tertre roussi Que l'océan des blés inonde,
Détournez faucilles et faux, Et les pieds lourds de l'attelage, Afin que bluets et pavots Fassent aux morts un entourage
Avec quelques épis penchés Au pied desquels, mélancolique, Le gri'.lon aux héros fauchés Dira sa tendre bucolique...
La nuit, des larmes mouilleront
L'herbe et les fleurs qui sur eux meurent,
Et les épis se courberont
Ainsi que des parents qui pleurent...
Ht puis un soir, sur le couchant, Comme une glaneuse superbe, La Gloire viendra dans le champ Pour y lier aussi sa gerbe ;
Et, de l'herbe ou du sillon brun, Sous ses regards et sous son aile, Nous relèverons, un par un, Nos épis humains, mûrs pour Elle.