‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 63 sur 83 · FAUCHEURS · texte numérisé non relu

FAUCHEURS

F*A UCHEUXS

L'an s les prés, au bord des ruisseaux, Où flottent de légères brumes, Dès l'aube on entend les marteaux Tinter gaîment sur les enclumes :

Les faucheurs aiguisent leurs faux.

La bataille aujourd'hui fait trêve ; La Mort a tellement fauché Qu'elle est lasse ; le jour se lève, Qui dans le sang s'était couché :

Faucheurs, profitez de la trêve!...

Ce sont tous des adolescents Ou des vieillards aux pas pesants, Aux reins trop raides ou trop frêles:

Ils vont dans les prés bruissants De grillons et de sauterelles.

L'un coupe trop haut, pauvre vieux A qui résiste l'herbe drue.

Un jeune, front baissé, se rue Et, plus ardent, ne fait pas mieux, Sa force étant vite décrue.

N'importe : ils fauchent âprement, Ainsi que nos soldats combattent.

Leurs yeux voient rouge par moment; Des cosses sous leurs faux éclatent Comme des casques d'Allemand...

Braves vieux ! Chers petits ! phalange De l'arrière, héroïque aussi !

Il faut qu'on se batte et qu'on mange, Emplir le grenier et la grange :

Tenez là-haut, on tient ici!...

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