FAUCHEURS
F*A UCHEUXS
L'an s les prés, au bord des ruisseaux, Où flottent de légères brumes, Dès l'aube on entend les marteaux Tinter gaîment sur les enclumes :
Les faucheurs aiguisent leurs faux.
La bataille aujourd'hui fait trêve ; La Mort a tellement fauché Qu'elle est lasse ; le jour se lève, Qui dans le sang s'était couché :
Faucheurs, profitez de la trêve!...
Ce sont tous des adolescents Ou des vieillards aux pas pesants, Aux reins trop raides ou trop frêles:
Ils vont dans les prés bruissants De grillons et de sauterelles.
L'un coupe trop haut, pauvre vieux A qui résiste l'herbe drue.
Un jeune, front baissé, se rue Et, plus ardent, ne fait pas mieux, Sa force étant vite décrue.
N'importe : ils fauchent âprement, Ainsi que nos soldats combattent.
Leurs yeux voient rouge par moment; Des cosses sous leurs faux éclatent Comme des casques d'Allemand...
Braves vieux ! Chers petits ! phalange De l'arrière, héroïque aussi !
Il faut qu'on se batte et qu'on mange, Emplir le grenier et la grange :
Tenez là-haut, on tient ici!...