VEILLE DE MOISSON
[*out prumet, n'est-ce pas? Dans le vent qui se lève, \& blé mûrit, l'avoine agite ses grelots; .a Parmentière croît, verte et pleine de sève. 3omme disait Dupont : « Rêve, paysan, rêve, » Et laisse-toi bercer une heure par ces flots.
Puis, remerciant Dieu, — le Dieu de l'Évangile, Eelui qui s'en allait multipliant les pains, Emplissant de poissons le filet trop fragile, Vluant en bon vin l'eau dans les jarres d'argile Pour apaiser toutes les soifs, toutes les faims, —
àois lier, Jacques Bonhomme, en voyant sous la brise
Dnduler l'océan de pampres et d'épis.
Si contre nos soldats l'élan teuton se brise,
Eontre tes lourds froments jamais n'auront de prise
Leurs sous-marins, brigands sous d'autres flots tapis.
3ui. sois fier de ton œuvre ! Et si ton vieux cœur saigne De tes fils morts, blessés, prisonniers, disparus, Et d'avoir tant lutté pour tel qui te dédaigne, Du médite tout bas de voir finir ton règne Et d'envahir le sol où poussent tes blés drus;
Espère en l'avenir ! De ta race fauchée Il reste pour demain des germes vigoureux : Et, comme l'alouette aux blés a sa nichée. De vaillants rejetons de la rouge jonchée Se lèveront qui te feront revivre en eux.
Hausse ton front, plus haut encor, Jacques Bonhomme . Ne crains point d'en montrer le haie et la sueur; Encor mieux que celui de tel chef qu'on renomme, Il appelle la palme; et ie vainqueur, en somme, Le vrai, ce sera toi, demain, vieux laboureur!
Car jamais ne tarit et jamais ne se fane La tige sur laquelle, en un temps tout pareil, Comme une fleur des blés lorrains apparut Jeanne; Et l'on a beau saigner la France paysanne. Jacques Bonhomme tient, debout sous le soleil!