‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 75 sur 83 · MO%T VU L<A<BOU%EU · texte numérisé non relu

MO%T VU L<A<BOU%EU

U.J la mémoire de mou neveu lAbel.

Laboureur! — Il n'était, ne voulut jamais être Que laboureur; — un beau laboureur, lent et doux Et fort comme ses bœufs, qui l'aimaient entre tous Leurs bouviers, et venaient très docilement mettre, Dès son premier appel, leurs cornes et leurs cous Sous le dur joug en bois de hêtre...

A vingt ans il dut les quitter, étant conscrit; Mais, libéré, vers eux il revint à la hâte, Et, des le lendemain de son retour, reprit Avec eus le labour qui soulève, pétrit Et repétrit le sol comme une bonne pâte Dont le blé futur se nourrit...

Un soir qu'il leur chantait le vieil air sans paroles Qu'ils comprennent fort bien et qui rythme leurs pas. Et qui les fait marcher encor quand ils sont las, Au petit clocher bleu soudain les cloches folles S'agitèrent dans un furieux branle-bas...

Surpris, il s'arrête : Est-ce un glas?

— Non. — Le gai carillon des veilles de dimanche ?

— Non plus. — Quelque incendie? — Ah ! certes I Etp; Des gens cou rent : « La guerre ! ... on mobilise ! » Au t Du sillon brun, le laboureur lâche le manche, Dételle: « Adieu, mes bœufs! » — Il part, et le trois ac

Il labourait pour la Revanche.

Il porta le fusil et le sac vaillamment, Mais sans fanfaronnade et sans emballement, Était à Charleroi, fut blessé, guérit vite, Fut blessé de nouveau..., puis, comme nul n'évite Sa destinée, alla périr obscurément Dans cette presqu'île maudite

Où sur un sol ingrat sans verdure et sans eaux, Sous la soif et la faim, les obus et les balles, Tant de pauvres enfants, des meilleurs, desplus beaux,

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