TOU% LES MO%TS
T>E CHEZ 'JbLOUS
oi Emile Galtier.
i\\\\ mon pays, mon âpre et cher pays, si fier Des innombrables fils qui te faisaient hier
Une parure, une défense, Les plus beaux laboureurs, les plus fins vignerons, Et des bergers virgiliens, et des lurons Emportant en cent lieux ta force et ta constance;
Comme royalement tu versas ton tribut A la Guerre farouche et qui jamais ne but De meilleur san<r dans les batailles!
Et combien de milliers de tes enfants fauchés, Que tu voyais hier, sur la glèbe penchés. Ramasser la javelle ou vaquer aux semailles ;
Abeilles des puits noirs ou des clairs ateliers, Gardiens de troupeaux ou bergers d'écoliers, Savants courbés sur leurs problèmes, Artistes, prosateurs, poètes d'avenir, Pasteurs guidant vers ce qui ne doit point finir Les âmes et les coeurs épris des biens suprêmes!
Comment les chanter tous? Ils sont trop! il faudrait Vingt Homèresl — Choisir? Hélas! qui l'oserait?
Brancardier pour l'apothéose.
Le poète parcourt ce champ d'humains pavots, Pèle-mèle fauchés par une même faux, Donnant un sang pareil pour une même cause;
Qui va-t-il relever ? Le prêtre ? l'artisan ? Le gentilhomme a vingt quartiers? le paysan
Qui grattait son lopin de terre, Et ne s'est redressé qu'à l'appel du clairon, Pour retomber sanglant et voisiner du front Avec quelque génie encor dans le mystère?