‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 78 sur 83 · POUR LES MORTS DE CHEZ NOUS 2 I · texte numérisé non relu

POUR LES MORTS DE CHEZ NOUS 2 I

Oh! ne choisissons pas! glorifions-les tous Pêle-mêle : posons au hasard nos genoux

Sur leur commune sépulture; Mêlons nos pleurs, mêlons nos prières pour eux; Adoptons ces défunts, qui feront plus nombreux Seulement nos parents dans la Cité future...

Erigeons en granit austère, sobre, altier,

Sur un sommet d'où l'.œil sur le Rouergue entier

Puisse pieusement s'étendre, Un monument — tombeau, temple, colonne, autel — Si robuste d'aspect qu'il paraisse immortel, Et conserve leurs noms, à défaut de leur cendre :

Leurs noms tracés sans ordre et sans plans préconçus, Ceux qui brillaient déjà, ceux qu'on n'eût jamais sus,

Tous vêtus d'une même gloire, Tous dignes désormais que ceux qui les liront Fléchissent devant eux leurs genoux et leur iront Et s'efforcent de les graver dans leur mémoire.

Oui, tous leurs noms, cinq, six, ou même dix milliers, Peut-être plus... — Et là viendront nos écoliers

Tous les ans en pèlerinage.

Leurs maîtres leur feront déchiffrer tendrement Ces noms, hier obscurs, dont le rayonnement Ira chez nos neveux grandissant d'âge en âge.

Chacun y trouvera quelqu'un des siens cité : Le feuillet de granit ne peut être emporté

Comme celui d'un papier frêle : Et le vent et la pluie et la neige auront beau Pleurer, hurler, gémir autour de ce tombeau, Ils n'effriteront pas la haute et dure stèle

Sur laquelle une croix, haute et solide aussi, Et faite de deux blocs de basalte noirci Dans les volcans préhistoriques, Étendra ses bras forts sous le ciel sombre ou bleu, Comme pour soulever et porter jusqu'à Dieu Ces légions de cœurs et d'âmes héroïques.

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