‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 79 sur 83 · RETOUR DU BERGER · texte numérisé non relu

RETOUR DU BERGER

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« vj'est un original, » disait-on, au village,

En parlant de ce grand berger silencieux

Qui passait, lent et doux, avec du rêve aux yeux,

Et semblait n'aimer rien que sa lande sauvage,

Sa femme et ses moutons, son chien-loup, et, plus qu'eux,

Sa fillette : trois ans passés, et son fils : deux...

Mobilisé, roulé dans la grande rafale

De Charleroi, blessé, fait prisonnier, le sort

En refit un berger... en Prusse orientale,

2l6 LES PAYSANS ET LA GUERRE

D'où, — bien persuadé que le silence est d'or,

S.ins cesser de penser à sa lande natale,

Il n'écrivit jamais... et tous le crurent mort.

Libre enfin, c'est à pied, par étapes de guerre, Qu'il retourne chez lui. Pour ne pas rencontrer De compagnons pouvant dévoiler son mystère, Le dernier jour il dut longuement se terrer Dans un taillis bordant la friche solitaire Sur laquelle il voyait deux bergerots errer :

Ses enfants sûrement, rien qu'à les voir s'ébattre Avec un grand chien-loup qu'il reconnaît fort bien.. Dans sa tunique bleu d'horizon l'ancien pâtre Au coucher du soleil s'approche enfin... Le chien Bondit sans aboyer et, joyeux et folâtre, Se dresse contre lui, frotte son nez au sien,

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