‹ PoésiesChapitre 3 sur 8 · I-^ chef hacha la tête aux reproches cinglants · texte numérisé non relu

I-^ chef hacha la tête aux reproches cinglants

Mais il en conserva le scalpe, ce trophée î

Et lança les morceaux, im par un, dans le.s champs.

r»0 AUX TEMPS héroïques

De nouveau suspendant au toit la chevelure, Il lui dit: ^ Désormais tu ne parleras plus. » Mais, dans l'air enfvimé, sous la basse toiture, I^ scalpe répliqua : « Châtiments superflus. »

« Votre conduite, avant d'ouvrir ma bouche morte, « Déshonorait déjà vos fronts de malfaiteurs,

* Vos regards de vautour, votre allure, de sorte

« Qu'elle appelait sur vous l'ire des Cieux vengeurs. »

* Soyez obscurs, fuyez la céleste Itunière,

* Et d'un voile d'erreurs entourez vos esprits :

* Vous n'empêcherez pas qu'au fond de la tanière

* De votre abjection vous trouve le mépris. »

« La forêt est suave et la bête innocente ;

« En rayons clairs et doux s'épanche le ciel bleu ;

* Dans les rochers la source avec la brise chante ;

* F.e nuage et la foudre obéissent à Dieu. »

*■ Eh bien! elle vous hait, cette aimante nature;

* Même l'astre des nuits vous éclaire à regret ; « La terre de vos pieds abhorre la souillure ;

« La fleur ne sotirit plus quand votre ombre paraît . »

Alors le chef jeta le scaple dans la flamme ; Mais au sein du foyer, la voix éclate encor : « Ni le fer. ni le feu, ne peuvent tuer l'âme « Que le grand Juge attend sur le seuil de la mort. »

« Ce Juge, avant qu'un ver n'atteigne vos vertèbres. <( Sur vos âmes en pleurs fermera la prison « Où l'oeil, desespéré, n'aperçoit que ténèbres,

* Jamais un coin d'azur, un astre, un horizon. »

* Là, captifs à jamais et brûlés vifs, ô traîtres

* Qui jetez notre chair en pâture aux corbeaux,

* Vous saurez que les Blancs de vos fils sont les maîtres, « Et que le morne oubli pèse sur \'os tombeaux.»

Les Iroquois sortaient, qui frémissants de rage. Qui muets de frayeiir; plusieurs grinçaient des dents; Et, témoins de ces faits, les mains sur le visage. Quelques femmes fuyaient avec des cris perçants.

Htm l^eroln» de ta €barite

DEUX Héroïnes de la charité

Mathurine, mute Godé, et Fratu^oise. sa fille, veuve Saint-Père.

Si calme était Godé, si brave était Saint-Père Que l'avenir brillait à travers son rideau . Ils sont morts; letir foyer s'ouvre au spectre Misère, Et l'angoisse y soupire à côté d'un berceau.

La. chaimiière manquait, certes, de bien des choses. Mais elle suffisait à loger le bonheur. La voUà triste, hélas ! malgré ses enfants roses : L'airrore à l'aquilon n'ôte pas sa fureur.

56 AUX TEMPS héroïques

Quel doux gazouillement dans quel poignant silence Font ces nouveaux venus à ce monde cruel ! Qu'ils sont navrants et beaux dans leui- insouciance D'oiseaux encore au nid. ne voyant que le ciel !

Hier on enterrait leur aïeul et leur père ; C'étaient deux corps sanglants dont l'un décapité. Ils n'ont vu que les pleurs et non la peine amère. Que les tombes et non l'horrible vérité.

Ils gazouillent, contents . . Leur mère et leur aïeule Songent au crève-cœur qu'elles vont essuyer, Car, si les orphelins font la maison moins seule. Avec eux. l'indigence est plus triste au foyer

Elles conversent peu, n'échangeant, à voix lias.-^, Que des mots soupires de résignation ; Mais leur regards dolents narrent ce qui se passe Derrière le cristal qu'en est l'expression.

La mère s 'oubliant pour consoler sa fille.

Lui dit: « Dieu l'a permis, adorons ses décrets;

• Lorsqu'il a pris le père, il nourrit la famille;

* Ne mêlons pas de crainte injuste à nos regrets »

* Il n'est bonheur si long qui ne soit éphémère . . .

* Hetireux qui sait bénir les coups et les fardeaux ,

* Et, comme le Sauveur, regarder sans colère

* Et le traître hypocrite et les cruels bourreaux. »

Saintes âmes à qui, pour dominer l'épreuve.

Il suffit de trois mots: foi, charité, devoir!

Le chagrin vous grandit autant qu'il vous abreuve,

Et îésus trône en vous comme dans l'ostensoir.

Grande nouvelle : on dit qu'hier un certain nombre D'Iroquois, compagnons des lâchas meurtriers. Traqués par Lambert Closse, ont été mis à l'ombre, Et que, vraiment, la mort attend les prisonniers.

Ho! s'ils n'ont pas tué, c'est qu'ils n'ont pu le faire.

Les relâcher serait encourager leurs plans.

Leur perfidie exige une peine exemplaire,

Car, c'est par le rigueur qu'on dompte les brigands.

Françoise dit : x Sauvons ces criminels complices » Alors, s 'agenouillant aux pieds d'un crucifix. Les veuves d'implorer, d'offrir leurs sacrifices. Et d'imiter le Dieu qui nous donne son Fils.

Et, grands ouverts, leurs cœurs exhalent la prière ; Elles pardonnent tout pour se faire écouter. J^eur charité sublime amollirait la pierre : Est-ce le bon Jésus qui peut leur résister ?

Math urine et sa fille ont fermé la chaumière Françoise porte Agathe, et France, à petits pas, Se hâte en tenant bien la main de sa grand 'mère Dont un panier prend l'autre bras.

(^'enferme cet osier ? i)ù vont-elles sereines * Quel dessein leurs grands cœurs ont-ils pu concevoir i* Qu'est-ce qui brille ainsi sur leurs fronts nù les r>eine« NV' veulent plus se laisser voir i*

I-»e gouverneur, ému, les voit, calmes et graves, Entrer chez lui, se lève, étend les bras et dit ; « Ah ! Saint-Père et Godé, je pleure ces deux braves, « Et mon cœur, indigné, bondit. »

Et Françoise : * Me voilà seule ;

* Mes deux enfants sont orpheUns . . .

* Ils n'ont pas tout perdu: leur mère et leur aïeule

* Ont des courages masculins. »

* Le sort des prisonnniers nous touche « Autant que nos propres malheurs :

* Laissez-nous consoler ces gueux de notre bouche

* Et leur parler comme des sœurs. »

* Lâchez le droit pour la clémence ;

* Ils sont captifs en deux prisons :

* L'une faite de pierre et l'autre d'ignorance . .

* Notre foi sait d'autres raisons. »

« Allez » , répond de Maisonneuve.

« Tout s'ouvre avec la charité:

» Prisons et coeurs. Donnez l'obole de la veuve « Et le pain de la pauvreté.»

60 AUX TEMPS héroïques

La prison dont la porte crie, A des murs sourds comme la mort .

Des glacis, des créneaux et de l'artillerie. Car c'est un bastion du fort.

Quatre Onneyouts, mis à la chaîne.

Y sont assis, mornes et cois.

Sans panaches, ayant leurs longs cheveux d'ébène Dans la figure, et l'air sournois.

Grisés par l'odeur des victimes.

Ils ruminaient de noirs desseins.

C>n les a pris guettant l'heure propice au crime, Lorsque fuyaient les assassins

Eux qui chérissaient les ténèbres.

Y digèrent leur insuccès,

k^vant aux fers rougis, aiix appareils funèbres, Dans l'attente de leur procès.

Dans la prison, les visiteuses Marchent vers l'endroit le plus noir, Où les fins égorgeurs aux figures menteuses, Font semblant de ne les pas voir.

Mais en entendant leurs voix doucCvS.

Ils regardent du coin de l'œil . . .

Le panier s'ouvre et met sur leur figures rousses. Un sourire de bon accueil.

« Prenez ». ieiu- dit l'une des femmes; « Vous avez sans doute grand'faim. »

Cependant l'ime et l'autre ont des regards de flammes. Et d'émotion le cœur plein.

Ces ruseurs, comme pour leur plaire, Mangent sans répondre merci.

Lorsqu'ils eurent fini, la veuve de Saint-Père. Se contenant, leur dit ceci ;

« Nous avons essuyé nos larmes ; * Ce sont mon père et mon époux « Que vos gens ont tués ; mais le mur et les armes « Qui vous sauvegardent, c'est nous. »

62 AUX TEMPS héroïques

* Ne craignez pas notre colère :

« Dieu veut les astres souriants,

« L'eau claire, l'homme doux ; c'est lui qui fit la terre

« Maternelle pour les vivants.»

* C'est pour lui plaire que les plantes

* Savent si bien fraterniser,

« Et qu'aux mêmes rameaux, plusieurs tiges grimpantes « S'attachent sans se jalouser.»

« Vous avez des âmes altières ; « N'ayez pas des cœurs inhumains.

« Dieu vous hait lorsqu'il voit que vous tuez Vos frères « Et que leur sang rougit vos mains. »

" Nous rêvions, en quittant la France,

* De vous donner ses douces lois.

« Nou.s offrons notre exil, nos labeurs, nos souffrances.

* Pour le bonhevu" des Iroquois, »

DEUX héroïnes de LA CHARITE 63

Le geôlier, debout dans la porte, Avait les yeux sur les brigands.

Et la chienne de Closse, en lui faisant escorte. Grondait sans desserrer les dents.

Le jour, entrant, lustrait dans l'ombre Les captifs qui ne disaient rien.

Et semblaient confesser, les yeux bas, le front sombre, Que ces Blancs leur voulaient du bien.

r Expédition de Dollard

( avril ti moi 1 660 )

L'Eveil.

« C'est la coutume des captifs, quand ils sont dans les tourments, de dire ce qu'il» savent. » Dollier de Cassok

Quel est ce fier captif à regard de gerfaud ? — Un espion sauvage allant à l'échafaud, Un Agnier qu'on a pris bravant nos meurtrières. La garnison du fort, siu' deux lignes sévères, L'escorte, et le madré ne s'échappera pas. Un prêtre l'accompagne et l'exhorte tout bas. Car il est baptisé; mais pour l'instant il pense Au discours qu'il va faire au pied de sa potence . -

08 AUX TEMPS héroïques

Halte près du gibet .

Une voix tout-à-coup, Celle du condamné tenu la corde au cou. Crie à la garnison : « Tu me croiras peut-être « Auprès de cette fosse où je vais disparaître. « Visage-Pâle, intrus par l'orgueil aveuglé. « Eh bien ! je t'avertis que ton sort est réglé. « L'Iroquois veut ton sang et jure de le boire « Dans le crâne vidé de cette robe-noire, « Avant qu'un papillon n'ait goûté d'une fleur. »

« Au premier chant du merle, ais un frisson d'horreur.

<< Sache, quand tu verras le vent briser la glace

« Et le flot l'emporter, que le malheur t'enlace.

« Et que le mont Royal n'a pas assez de trous.

« De gorges, de ravins, de repaires de loups,

« Pour te soustraire au feu des hordes survenues. «

« Vois-tu là-bas ces monts touchant presque les nues '

« On entend à leur pied cet appel angoissant

« Qui sort des noirs tombeaux : Fils, couvrez-nous de san^;

« Aux voix de vos aïeux ne fermez plus l'oreille

« Français, crains le vivant quand le mort se réveille,

« Et que Dieu te suggère vm moyen d'échapper

« Aux fières nations qu'en moi tu veux frapper »

-Veni d'Onnondaga L

Le brave pionnier rêve, assis devant Tâtre.

Par les longs soirs d'hiver où plus rien n'est vivant ;

n regarde, pensif, la flamme qui folâtre;

Son oreille inquiète entend passer le vent.

Lèvent qui siffle un air sauvage à sa fenêtre

Et valse avec la neige autour d'Hochelaga.

Le vent des froids vallons où le chevreuil s'empêtre,

A fait tourbillonner les feux d'Onnondaga .

Avant de s'essouffler à travers les savanes. Il frôlait les sorciers invoquant les esprits ; Il rafalait là-bas auprès de leurs cabanes. Et voici qu'il s'essaie à répéter leurs cris.

Aux bourgs qu'il a passés, des accents d'outre-tombe Courroucés, véhéments et des tombeaux sortis. Exaltent les sachems à qui la tâche incombe D'ouvrir pour un massacre affreux les appétits.

' « Le conseil général des Cinq- Nations se tenait à Onnondaga <rti Onnontagué.»

70 AUX TEMPS héroïques

Autour des feux de nuit une guerre s'amorce: Il s'y dresse un wigwam sinistre, aux murs tremblants, Où guerriers et vieillards, adossés à l'écorce. Discutent les moyens d'exterminer les Blancs.

La colère, en conseil, n'y parle qu'à voix basse; Mais dehors, hourvaris dans le style iroquois, Mille cris discordants, se croisent dans l'espace, Et, jouets des échos, se perdent dans les bois.

Ou danse les ballets du trait, de la massue; On déterre la hache ; en fatigant de coups Un sonore instrument, le tambourineur sue; Et du creux des tilleuls s'envolent des hiboux.

Hurlant pour attirer l'esprit qu'il interroge Ou s'entourer d'horreur ou de mystique émoi. Le jongleur, garrotté, se démène en sa loge: La forêt elle-même en tressaille d'effroi.

Le vallon du conseil est devenu féroce. Et les filles de peur éprouvent des frissons, Lorsque au clair de la lune une figure atroce, Fantastique, s'ébauche entre de noirs buissons.

On s'arme, on accomplit des exploits simulacres: A coups de hache, à coups de masse, à coups d'épieu, On triomphe des Blancs, on en fait des massacres, Dans une pantomime affreuse, autour d'un feu.

On prend la chevelure aux portes suspendue, On l'agite en trophée au son du tambourin; Chacun se grise et lance une flèche perdue Las et soûl de tuer, on est vainqueur enfin.

Le sorcier reparaît : horrible face brune, A fronce infâme, aux yeux de mensonge remplis, Que grime tour à toiu" et la flamme et la lune. Hideux sont le profil, le rictus et les plis.

Dans ses iris chatoie une lueur d'abîme; A ses bras amaigris qu'il mord à belles dents Comme s'il lui tardait de s'assouvir de crime. S'enroulent les anneaux d'héraldiques serpents. Il redresse son buste orné de peinturlure. Puis étendant le bras et renversant sa hure,

11 parle:

« Ecoutez, peuple et sages du (.-.onseil : « Quand la lune des fleurs, ronde comme un soleil. « Trempera sa clarté dans la neige fondue, « Nous danserons la guerre à la Roche-Fendue ^ . « Là, chefs des cinq tribus, guerriers, chasseurs du nord, « Fils d'Atta ^, nous voûrons nos armes à la mort; « Et l'oiseau que le jour endort sur une branche, « S'emplira jusqu'au bec d'une chair à peau blanche. « On verra des intrus chaque ville à son tour « Se joncher d'ossements, tel un nid de vautour « Les Français sont des chiens bons pour la boucherie : « Que leur premier tombeau soit leur Ville-Marie !

' La Roche-Fendue est aux Cèdres. L'ancien canal du Rocher- Pendu passait entre les deux parties disjointes de ce rocher.

' Atta ou Attahentsic est le nom de la première femme d"après les Iroquois. Elle mérita par son péché l'épithète hentsic qui veut dire noire, méchante. Elle pousse ses enfants aux discordes et à la guerre dans le but de les faire mourir et de peupler ainsi le royaume des mânes dont elle est la reine.

L'I roquais.

invisible le jour, aux vais aimés du lynx. Où la prûche se dresse et roule, tel un sphinx. L'énigme des forêts dans sa tête immobile. l>e fils du tomahawk, pied léger, se faufile.

Du crépuscule à l'aube, en sa nef de bouleau. Il va de fleuve en lac. descend au fil de l'eau Le torrent où s'épanche ime gorge encombrée. La lune importunant sa course enténébrée Entre les plis des monts, le cap et le massif. Il passe . , .

L'oiseau fuit avec tm cri plaintif; Le trappeur voit, siupris, la silhouette obscure. Et croit sentir l'acier, froid, dans sa chevelure, Car il a reconnu le fantôme iroquois.

Les fauves que la soif pousse aux ri\'es parfois. Lui font de leurs yeux verts une envieuse escorte. Et la hulotte suit, pressentant la chair morte, Passé quelque tournant du farouche couloir

74 AUX TEMPS héroïques

Et l'apparition s'efface dans le noir.

Comme les bêtes, nu; comme un dieu, sans histoire, vSans pitié, sans remords, il vogue vers sa gloire.

Ces femmes d'Algonquins, passibles de tribut, Il veut leur mettre à tous un joug, et, dans ce but, Le coutelas aux dents, il court, nage, se vautre. Chassant l'homme. Un combat n'en attend pas un autre ; Et le soir ne sait pas l'endroit où, le matin, L'intelligent fléau tentera le destin.

Il a, sous son panache, un grand secret de prince;

De son canot d'écorce il a garni la pince

Avec tous les totems qu'arbore sa tribu.

Le désert le connaît, car, en route, il a bu

A tous les courants d'eau qu'enfante l'Amérique.

On racconte au wigwam son passage tragique.

Des bords du gouffre amer aux plaines des bisons.

Il veut dominer seul et voir ses horisons

Déserts.

Son rêve est fait d'empire et de désastre.

Pour guides il a pris l'instinct, la mousse et l'astre; Et les arbres, les vents, lui disent leurs secrets,

l'expédition de dollard 75

De peur qu'il ne s'égare aux détours des forêts. Dieu l'a bâti de fer et fait pour l'endurance Comme l'ours et le loup. Le dard de la vengeance Brille dans le charbon de son œil indompté Où la sombre grandeur nimbe la cruauté; Et sa face de bronze à tous les temps brunie, Incame le reflet d'un barbare génie.

Sage il brille au conseil ; fauve il boit à l'étang, Se repaît de chair vive et se gorge de sang. Dans son entendement, l'héroïsme est complice De spectres nommés Mort, Destruction, Supplice; Et son âme qui plonge au gouffre sans frisson, A l'orgueil pour époux, l'horreur pour nourrisson.

Le voici palpitant sur l'arbre de torture;

Son scalpe luisant flotte au nœud d'une ceinture;

Lui, méprisant, sourit à l'injure du sort,

Et, barde sombre, entonne une chanson de mort.

Il a du feu sacré ; sa muse fantastique

Siffle de l'aile au fond du ciel mythologique.

Il ignore le feu qui lui brûle les doigts ;

Au vainqueur qui le raille il narre ses exploits :

Il fut grand moissonneur de noires chevelures ;

76 AUX TEMPS héroïques

Aux baisers de sa hache ont fleuri les blessures ; Maints farouches guerriers ont revu leurs aïeux, Qui voulaient de son sang empourprer des épieux.

Au volcan sous la neige on compare sn haine

Il s'amuse de voir ses bourreaux à la peine Et letu dit, s'il les voit de colère frémir: « Quand serez-vous de taille à me faire gémir ' « Vous êtes sans vengeance et j'ai scalpé \'^os pères: « J'ai fait pleurer vos soeurs, vos épouses, vos mères; « Du sang de vos marmots j'ai rougi les étangs, « J'ai régalé mes chiens de letir chair. Il est temps « D'avoir pitié de vous : rallumez vos écorces, « Cuisez, rongez mon cœur et refaites vos forces. « Venez, corbeaux, plongez vos têtes dans mes flaîics; « Aidez-leur à manger mes viscères sanglants »

Ayant ainsi vidé l'écrin de l'ironie,

.Ayant rendu des points à son mauvais génie.

Il crie aux lents vautours de nettoyer ses os.

C'est im fliable de barde, un sul)linie liôrus.

4 VUk-Mane.

Dura saison: l'émoi règne à Ville- Marie.

Drapé de sapins noirs, de blanche poudrerie,

Le mont Royal a l'air d'un repaire etïrayant.

En bas, le pauvre bourg languit, captif, ayant

Son île pour prison et pour geôlier la neige.

Un vaste et froid désert où tout ast mort, l'assiège.

Anxieux, il vivote, assis dans les frimas

Et dressant, argentés par le gi\Te, ses mas

A l'abri d'un bocage aux arbres de fumée.

Le matin, il en sort une chienne 1 affamée

Que stdvent prudemment des colons, des traîneaux.

Les trois canons du fort bâillent dans leurs créneaux,

Et près d'eux, grelottant, marche la sentinelle.

Iv€ soleil s'en revient avec la ritournelle

Du sizerin qui chante au départ du grand froid ;

Mais, rebelle au rayon, la glace de l'effroi

' La fameuse chienne de Lambert Clos.se.

78 AUX TEMPS héroïques

Enveloppe les cœurs. Dormant sur le qui-vive,

On redoute l'aurore où sifflera la grive.

Hantise du massacre, oiseaux, printemps, matin :

Cette horreur, ces gaîtés, se tiennent par la main.

Dès l'aube on cherche si de monstrueux panaches,

Des poteaux, des bûchers, des coutelas, des haches,

Sur un rouge levant ne vont pas s'agiter.

On pense entendre au loin des fusils crépiter,

Et retentir les cris d'enfants qu'on martyrise.

Sur la fleur des espoirs souffle une froide bise :

Les Closse de frapper à la fin seront las,

Et riroquois: nombreux, vainqueur, cruel. . . hélas!

Le rayon se baigna dans les neiges fondantes ; L'onde entendit l'appel silencieux des pentes; Avril, joyeux, rendit aux forêts leurs chansons, Délia le gosier des sources, des pinsons De retour à leiu"s nids perchés dans la montagne ; Vous chantiez, doux oiseaux; tu souriais, campagne; Mais la mère, éplorée, embrassait son enfant. Ainsi pleure la grotte où s'engouffre le vent, Le vent qui fait chanter les feuilles et les cimes.

l'expédition de dollard 79

Déjà, sur la chaumière où tremblaient les victimes, Le Destin, courroucé, vidait l'urne des maux.

Personne ne songeait encore à Desormeaux.

La vague retrouva son chant et sa cadence ; Le fleuve, libre, ouvrit le chemin de la France; On vit, sur le glaçon errant au gré des flots, Les corneilles marcher, tels de noirs matelots ; L'eau se couvrit d'azur, de reflets et d'étoiles ; Mais les pâles oiseaux qu'on prenait pour des voiles, D'un coup d'aile chassaient la douce illusion.

Il était temps de prendre une décision.

Le jeune Avril, déjà, sommeillait sur le sable ; Déjà l'essaim des fleurs envahissait l'érable; Des bemaches passant tombait le cri d'appel, Et les soupirs allaient vers la France et le Ciel.

80 AUX TEMPS héroïques

Dollard.

« Sur la tin d'avril, M. Daulac, garçon de cœur et de famille . . . voulant faire ici quelque coup de sa main et digne de son courage.» Dollier de Casson

Dollard ne doute pas et ne discute j^uère;

Il suit un idéal. Dieu sait ce qu'il peut faire.

C'est un souple roseau qui se dresse,' élégant.

Et pourrait défier le fouet de l'ouragan.

Qu'un jour l'enthousiasme enivrant du jeune âge,

Chez ce guerrier de race, épouse le courage,

Et qu'ime ardente foi consacre cet hymen,

A l'audace d'un rêve on peut répondre: Amen!

Mais qui donc pense à lui ? Pcis un seul ne devine

Ce qu'au livre des sorts écrit la main divine ;

Et Dollard n'est encor pour personne un géant

Que, dans l'ombre de f'lo:se. on puisse trouver grand.

Vï

L'Enrôlement.

« Il trouva de braves garçons qui lui promirent de la suivre. »

DOLLIER de Casson

Par six longs mois d'hiver la terre refroidie Chauffe au soleil sa glèbe oii fermente la vie. Près de la neige en pleurs l'herbe verte renaît Une tourte revient, l'arbre la reconnaît; Mille chantres ailés célèbrent la lumière. Voici venir, proprets et suivis de leur mère. Une grappe d'enfants se tenant par la main. La chaumière se vide et remplit le chemin. Le pionnier n'a plus, vif à changer de rôle. Le mousquet et la hache ensemble sur l'épaule; C'est dimanche; le ciel sourit d'un air serein. Doucement remués par les sons de l'airain. Les forêts et las cœurs mêlent leurs voix lointaines. Tous recueillis, colons, soldats et capitaines, Attendent, du saint lieu prêts à franchir le seuii.

Le châle sur le front, plusieurs femmes en deuil Hantent déjà la nef, comme de noirs présages.

82 AUX TEMPS héroïques

On entre; le ciel s'ouvre à l'autel; les visages Se recueillent encor; les prières, les chants, Volent dans le nuage échappé de l'encens.

Et quand le peuple sort de l'étroite chapelle, Il a la flamme au creur, l'éclair dans la prunelle; L'espoir perce, rayon, le nuage avenir.

Mais quel est ce cadet beau comme un souvenir, Monté sur une pierre et drapé de noblesse ? Sa main, levée, appelle; on approche; on s'empresse; Et comme, au point du jour, l'aube chasse la nuit, Il semble dissiper de l'ombre autour de lui.

« Que veut DoUard ? On dit qu'en France une fredaine

« Lui valut d'éprouver l'ire d'un capitaine;

« Mais il a de l'étoffe et vient ici montrer

« Qu'au temple de la gloire il est fait pour entrer.

« Ce garçon m'intéresse. » Ainsi parle Lemoyne,

Et Closse lui répond : « Cette face de moine

« Lance des traits d'éclair, et l'aile de corbeau

« Qui lui bat sur le front rend le geste plus beau ;

« Mais elle manque un peu d'airain: la voix qui prêche

« Le sang-froid qu'il nous faut ne doit plus être fraîche;

« On aime qu'elle sorte en notes de clairon

l'expédition de dollard 83

« D'un gosier qu'a dtirci l'haleine du canon.

« Ce gaillard, tout de même, a quelque chose en tête :

« Au fond de son œil noir s'agite une tempête. »

Et Dollard : « Mes amis, des bruits inquiétants « Mêlent de l'amertune aux gaîtés du printemps. « Si le ciel est pour nous, si ce bourg en détresse « Doit trouver des sauveurs, où sont-ils ?.. »

« Le temps presse :

« L'Iroquois endiablé, pour calmer ses remords, « Avec du sang français veut consoler ses morts ; « Et déjà ses jongleurs pensent voir monter l'astre <( Qui doit de notre ville éclairer le désastre. »

« Voici que cinq tribus se lèvent contre nous. « Qu'on laisse s'accomplir leur fatal rendez-vous « Fixé par un oracle à la Roche-Fendue, « Et notre colonie est détruite , perdue. »

« A nous donc la ruine ou l'exploit fabuleux. « Opter pour le second, se préparer aux deux, « Paraît sage : en dépit de présages contraires, « La fortune parfois sourit aux téméraires. »

84 AUX TEMPS héroïques

« Lorsque la faim, le fer, nous auront décimés, « quelque beau soir, nos murs, par le feu consumés. « Prendront, tourbillonnants, la route des nuages. « On verra s'illustrer, certes, bien des courages ; « Mais il faudra périr comme du vil gibier. »

" Quant à mourir, allons sans notis faire prier, « Du coup prêt à partir mouiller un peu l'amorce, « Etonner l'ennemi par quelque tour de force, fr Lui mettre sur les yeux un voile de frayeur. »

« Que de solides gars se vêtent de terreur,

« Surprennent l'Iroquois, lui ferment le passage,

« Et lui fassent trouver ( car la crainte rend sage )

« Tant de fil à retordre à mille contre dix,

" Qu'il n'ose donner suite à ses projets maudits. »

« A ceux qui tenteront avec moi l'aventure, <' J'offre vm noble combat, un di*ame, je le jure, « Qui pourrait bien finir au seuil du paradis. «• Réfléchissez . >»

« Est -on français poiu rien ? »

« Hardis, <• \'(ais l'èies; \'ous savez travailler de l'éi^ée;

l'expédition de dollard 85

« Mais vos fers peuvent-ils tailler ime épopée.

* Effrayer cinq tribus par de maîtres exploits.

« Et faire un large accroc à l'orgueil iroquois ? »

* Il faut du surhumain : le péril est extrême. »

Et Dollard, se tournant vers tm gars fier et blême, D'im ton calme lui dit : « Qu'en penses-tu. Martin r

— « Ohl si je convoitais un grade ou du butin,

« Ce n'est pas l'Indien que je voudrais poursuivre :

« Ce prince claquedent n'a que sa peau de cuivre;

« Mais je sens qu'une ardeur me court dans le bras droit

« Et prévient un désir de la Vierge et du roi :

« Je partirai joyeux, épousant leur querelle.

« Nous sauverons le bourg. »

Auprès de la chapelle.

Une voix: « Çà, pour moi, j'y vole sans chagrin! »> — « Pour te tailler un ûeî en plein ciel, Josselin ? » — « Au pis aller, cela ne vaut -il pas ma vie ? « Je la mets à l'enjeu; mon sabre neuf envie « La fortime d'avoir vingt haches d'Iroquois « Poiu- lui faire la cotu*. Bah! j'ai mis aux abois « La crainte qui s'effare, au profit de l'audace.

86 AUX TEMPS héroïques

« L'Indien me tûra, mais satira qu'une race

« Fière a planté sa tente au bord du Saint-Laurent,

« Qu'un Français vend sa vie et jamais ne se rend. »

De Belestre: « Bravo! Répands cette vaillance. « Dans l'extrême danger, l'audace est la prudence. « Qui dit brave et têtu, dit vainqueur en deux mots.» Et d'énergiques voix: « Honneur à Desormeaux! » — « S'il trouve des héros, l'idée a son mérite. )) — « Il ne petit qu'en trouver si la peur est proscrite. » — « D'où viendra le salut, sinon de nos efforts ? « Prenons, comme toujours, l'épreuve corps à corps. » — « Recevons de bon cœur ce que Dieu nous envoie « Et que notre assurance aille jusqu'à la joie. »

Mais quel verbe moqueur, franc comme un glaive nu, Vous saisit ?

« Ces gars-là, leur calibre est connu : « C'est mou comme du fer et lent comme la poudre, « Et leur glaive est l'éclair qu'accompagne la foudre; « Mais l'homme exaspéré qui défend sa maison. « Son épouse, im berceau, cet homme est un lion « Furieux et griffu. J'ai femme et quatre enfants: « Avant qu'un tomahawk frappe ces innocents. « Je vais, sous l'œil de Dieu, casser plus d'une tête;

l'expédition de dollard 87

« Mon fusil, mon épée auront des jours de fête. « Je te suis, Desormeaux. »

C'est la voix de juillet.

Là, voyez, à son cou s'enlace un garçonnet. Eh! c'est plus qu'il n'en faut pour armer les courages. Les uns disent: « Bravo!» d'autres: «Sus aux Sauvages! « Goyogouins, Onneyouts, Tsonnontouans, gredins, « Baiseront leur grand 'mère ! » — «As-tu peur, Desjar-

[ dins ?»

— « Peur de quoi ? » — «De rien.» — « Oui. » — « Ceux

[ qui sont passés maîtres « A bien loger le plomb: vSoulard, Grenet, Delestres, « En avant ! »

vn

L* Epreuve de V Héroïsme.

« Chacun se disposa à partir . . . Pour être mieux en état d'affronter la mort, ils résolurent de mettre tous leurs consciences en bon état. »

DoLLiER de Casson

Les voici dix-sept, prêts à partir, A vaincre décidés, consentant à mourir.

Et qui, troupe sublime autant que dérisoire.

88 AUX TEMPS héroïques

Veulent à l'idéal enchaîner la victoire. Forts de leur dévoûment, d'une intrépidité De croyants sûrs d'avoir le ciel de leur côté. Ils vont livrer bataille en un étroit passage. Et là, seront l'éclair qui résoud le nuage. Et rentre dans le ciel avec son glaive d'or.

Du bourg où la foi prie, où l'innocence dort,

Dans un ravissement, ils comtemplent l'étoile.

Cependant qu'à moitié le Destin se dévoile

Avec un froncement lugubre de sourcil .

Devant lui, la mort fauche, aveugle et sans souci.

F'imèbre vision, vain défi : les entraves

Dont les lâches ont peur aiguillonnent ces braves.

De l'égoïsme abject abhorrant le licou,

Ces chercheurs d'idéal pensent qu'un noble coup.

De la gloire et du ciel ou\Te l'unique porte ;

Que mourir en beauté, c'est naîire en quelque soite.

C'est revivre en lumière et dorer le blason.

Et comme par la foi doit finir la raison,

Ils veulent faire un vceu, purifier leurs âmes.

Manger le Pain de vie et jeter, tout en flanmies.

Leurs cœurs de vingt-cinq ans aux pieds de l' Etemel.

l'expédition de dollar d 89

Matin dix-netif avril, que tu fus solennel ; Du fleuve plein de nuit la vapeur émanée Formait de flocons noirs une longue traînée. Et planait dans les airs à mi-hauteur des monts. Le rivage, au courant, semblait dire : Dormons. Dans l'ombre murmurait à peine la rivière.

Le bourg s'éveille.

On sort . . . Voici l'allure fière De Dollard. Seize gars s'avancent avec lui A la lueur de l'aube, et le peuple les suit. Un signal, et la troupe, attentive, s'arrête; Et le chef : « Mes amis, c'est aujourd'hui la fête « D'un saint (français, je crois) qu'on nomme Dévoûmeni. « Jurons de lui dresser un digne monument. « Ensuite, nous courrons, joyeux, à la victoire. « Et peut-être à la mort, en tous cas à la gloire. « S'il est un lâche ici, qu'il n'aille pas plus loin, « Car nous partons pour vaincre et mourir au besoin . « Qu'aucime illusion ne hante nos cervelles ; « Mais retenons ceci : les hasards sont rebelles, « Et les prévisions sont plutôt contre nous. « Des preux auxquels la peur ne va pas aux genoxix. « Qui ne costument pas l'incertitude en rose

90 AUX TEMPS héroïques

« Et seraient même heureux de tomber pour leur cause, « Voilà ce qu'il nous faut, et le nombre voulu, « C'est celui des héros. . . Le reste est superflu. »

Les hommes, chapeau bas, les femmes sous leurs voiles Entrent dans le saint lieu. Là, tremblantes étoiles, Et symboles pourtant d'un amour immortel. Six flammes font un arc au-dessus de l'autel. Jésus va s'immoler.

Souart, l'âme attendrie, Parle aux jeunes héros. L'ange de la patrie, Tous en sont convaincus, est venu l'inspirer.

« 0 braves, contre vous tout semble conspirer.

« En France, l'héroïsme a son temple et ses maîtres;

« On foule un sol illustre où l'on voit des ancêtres

« L'ombre autour des châteaux et sur les champs fameux,

« Où les tours et le vent s'entretiennent des preux.

« Mais ici, sans coursier ni buccin, la Victoire

« N'est pas l'heureuse sœur qu'aime à baiser la Gloire;

« Aucune voix ne sort du grave monument,

« Vous soufflant à l'oreille un encouragement ;

« Un silence jaloux règne; les renommées

« Volent mal à travers d'encombrantes ramées;

« La solitude étouffe et la joie et l'entrain;

l'expédition de dollard 91

« Elle fige le sang dans le cœur qu'elle étreint.

« Tout est sombre, muet, en ce pays hostile ;

« De l'arbre et du rocher l'épouvante distile,

« Et ces bois ténébreux ont un air si sournois

« Que l'ombre en semble acquise aux mânes d'Iroquois.

« Tous les sentiers qu'on voit mènent à la tûrie;

« Les branches, à l'horreur, servent de draperie ;

« Dans la calme nature, hostilité partout

« De l'Indien rôdant, sinistre, à pas de loup,

« Tendant l'embûche, ainsi sa toile l'araignée.

« Et vous qui de conscrits n'êtes qu'une poignée,

« Vous défiez les plans, le flair de l'Iroquois,

« Dans les retranchements imprenables des bois,

« Où ce sauvage, au lynx, dispute son repaire;

« Et, lorsque à vos desseins le sort paraît contraire,

« Jusque dans le trépas vous voyez le succès. »

« Je ne vous blâme pas : çà, vous êtes français. « Quelque chose vous pousse et fait votre assurance. « La patrie est au large en \^otre cœur immense, « Lorsque, vous attelant à la tâche de Dieu, « Aux rêves de vingt ans vous jetez votre adieu. « C'est bien: le sacrifice exaspère l'immonde, « Et, sans lui, rien de grand ne se ferait au monde : « Judith resterait faible, Esther hésiterait,

92 AUX TEMPS héroïques

« Jésus ne voudrait pas se soumettre au décret « Rédempteur, Votre geste impose l'espérance. »

« Vous tenez l'avenir, ô divine Puissance :

* Faites, laissant les sorts tomber de votre main . « Qu'hier ne jette pas son ombre sur demain,

« Que ces braves, n'ayant qu'en vous de confiance. « Echappent à l'orgueil comme à la défaillance >»

« Uh ! qu'il est enivrant, mes fils, de voir .sur soi, « Tous les regards fixés : ceux du peuple et du roi ' « Mais d'un saint héroïsme avoir l'àme pétrie,

* Servùr de bouclier à l'auguste patrie,

« A la Parque inflexible airacher les ciseaux,

* Cela n'est pas possible aux hommes seuls, roseaux « Dont l'épreuve, ce vent, tord l'aigrette fragile. » Alors, d'un ton plus grave, en prenant l'Evangile :

« Mai.«î Dieu peut rendre fort le faible cœur humain.

« Vous le savez : prenant un sublime chemin,

« \\xi.'; voulez qu'un serment derrière vous le ferme »

Dollard vient le premier et dit d'une voix ferme, I>evant son glaive haut, comme pour en férir: « je jure. Dieu vivant, de vaincre ou de mourir.»

l'expédition de dollard 93

On entend dix-sept fois la phrase solennelle.

Souart conclut : « Que Dieu bénisse votre zèle, « Et que le pain des forts soit en vous l'aliment « De la fidélité qu'exige le serment. »

Communion, moment suave! Une voix chante A la Victime pure une hymne suppliante, Cependant que l'amour se sent déjà vainqueur.

I^s braves, recueillis, s'avancent vers le choeur. . . Les voici, prosternés, se frappant la poitrine, Et. tout bas, implorant la clémence divine . . .

Le prêtre les absout par un signe de croix. Et voici que l'Hostie où l'humble Roi des rois S'anéantit, du vase d'or émerge, blanche. Voici l'Agneau divin dont le sang pur s'épanche: Souillure, disparais! Paix règne en ce saint lieit! Adorez et [^riez: « Voici l'Agneau de Dieu. »

lv<^ têtes, sur les mains d'une nappe couvertes.

Se penchent; Jésus vient; les bouches, entr'ouvertes.

94 AUX TEMPS héroïques

Semblent laisser les coeurs s'exhaler en amour. Cessez, heures d'angoisse, à l'aube de ce jour! Confiance, renais! Craintes, séchez vos larmes! Soldats de Jésus-Christ, le Ciel bénit vos armes; Déjà l'ordre est donné; des sublimes séjours S'élancent, glaive nu, les anges du secours 1

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