‹ PoésiesChapitre 66 sur 71 · A MADAME LOUISE SW.-BEU.OC · texte numérisé non relu

A MADAME LOUISE SW.-BEU.OC

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Telle, aux regards surpris d'un jeane passager, Jeté par le hasard sous un ciel étranger, Oiid'unmonde'iDconnuraspectnouveau commence, Apparatt tout-à-conp la cataracte immense.

Vaft« et profond torrent, le fleuve impétueux Précipite des monts ses flots tumultueux ;

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ag6 SHÀ&SPEARE.

De5 arbres, des rochers, des fieurs de ses rivages 11 reflète en passant les Tuyatites iiqages : lA, daas le gouffre ému d'un formidable bruit, Il s'engloutit couvert d'une étemelle nuit, Ltissant à peine à l'œit qui le poursuit dans l'ombre Mesurer la hauteur de sa colonne sombre; £t plus loin, la cascade aux caprices des vents. Aux rajons du soleil, livrant ses plia mouvans, Comme un voile argenté se déploie avec grâce; Un millier d'arcs-eo-ciel se joue à sa surface ; Et l'onde, aux feux du jour lançant des feux pareils, Scintille, divisée en globules vermeils ; Mais en touchant lé but de sa chute rapide, Cen'estplus qu'un brouillard, dont l'épaisseur humide^ Présente aux jeux trompés par la blaacbe vapeur Ces spectres, vains enfans de l'ombre et de la peur. Le vojageur, qu'émeut ce spectacle sublime, Demande-t-il au fleuve entraîné vers l'abtme. Alors qu'il le contemple immobile et surpris, S'il roule dans ses flots quelques fangeux débris? Non, il suit dans son cours l'imposant phénomèoej De beautés en beautés son regard se promène,

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âlIARSPEARE. 397

Et sans même opposer à ses fiots étemels Les flots purs et féconds des fleuves pateroels^ D'une pompe inconnue à son natal rivage ]1 admire long-temps la majesté sauvage!

Telle, sous mille aspects fidèles et divers, Reflétant les talileanx d'un magique univers, TeUe du iMtrde anf^aîs m'apparut l'harmonie Alors que par degrés j'entrevis son génie.

De ces fils imiqorteb que sous des traits humains n alaissé, vivans, s'échapper de ses mains, 11 semble que nos yeux aient connu le visage, Tant la mémoire est prompte à garder leur image ! A son gré, ces récits, vaine ombre du passé, S'animent; et semblable, en son vol cadencé.

Au coursier merveilleoi dont l'aile vagabonde Emportait d'un seul bond Astolphe au bout du monde, Dans son élan sublime il échappe aux regards, Et Je Ttintique Rome il toucbe les remparts.

Tremble, César! La nuit en prodiges féconde En vain en ta faveur semble ébranler le monde,

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3g8 SMAKSPEARE.

Elle n'ébranle point ces cœura audacieux Qui cfaerclient en eus seub la volonté des Dieux. Dans celte nuit terrible, à mes yeur se présente Du second des Brutns la figure imposante.

Brutus! ame de Rome, faoanenrde tes aïeux, Quel dessein redoutable est écrit dans tes ^eux ? Est-ce pour échapper à des pensen funèbres Que tes pas agités errent dans les ténèbres?

Puis-la de ton pajs l'impériense voix?

Ou, tout prés d'accomplir ses riffonreuses lois, Aux re^rds pénétrons d'une épouse fidèle Crains-tu de te trahir!... Écoutons!.-, il appelle..

Esclave! Lucius!... Il dort profûndément !

Ehbi«n, de cette paix goûte l'encliantement!

J« ne troublo-aï point, <juelqu' ennui qui me presse. De ton jeune stommeil la salutaire ivresse :

Nos rêves inquiets, nos projets soucieux N'écartent point encor ses douceurs de tes jeux. Et de fautâmes vains ton sein n'est point l'asile; Aussi ta vie est calme et ton repos facile ;

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Tu peux dormir!...

POBCIA CBIn.

Seï^eur !

■fUTOS.

Porcia, voiu ici ?

A l'air froid du matin, pjir la brume épaiui, Voire sexe doit-il exposer su faiblesse?

Rentrez —

potcu.

N'espérez point, Brutus, que je vous laisse Vouslivrersans reUcfae au chagria qui vous suit; Je le vois, de mon Ut il vous chasse la nuit ; Le jour, il vous contraint d'abaudonner la table; A touteheure, en toutlieu, sans cesse il vous accable; De vos sombres pensers si j'interromps le coûts, Soudain vous imposez un frein à mes discours, Et d'un geste irrilè m'ordonnez le silence.

Je me tais ; cependant ma triste vigilance, Epiant vos secrets dans vos jeuK obscurcis, Sans les interroger partage vos soucis ; C'est en vain que le jour ou commence ou s'achève, A voire sombre humeur je ne vois point de trêve ;

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3oo 5HAKSFEAKE.

Et si vos traits coBime elle éuieot chants, Brutus, Mes regards oSigés oe von» connaîtraient pins. Qn'sTei-vons ?. . .

Hoiîjesoufirej tin mal secr«t m'obsède.

P0HCI4.

On vous verrait alors en cberober te remède, Vous ne le faites point.

BKDTUS.

Demeurez ïans eRroi.

Rentrez, ma Porcia, rentrez et taissez-moi.

Vous malade'.... Et je vois votre tête exposée Aux brouillards malfaisans, à l'humide rosée! Vous maUde, Bmtus, quand vous bravez sang peur, Le corps demi-vétn, cette iinpure vapeur!

Non,'non,îelevoîs trop,lemalest dans votre ame, Une part «t'en est due et mon cœur ta réclame ; Donnez, donnez-la-moi; p«ar l'obtenir de tous Je saurai, s'il le &ut, l'implorer à genoux.

Au nom de ma beauté que vantait l'Itatie, Au nom de vos sermens, de ce voeu (jiti nous tie,

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SHAKSPEARE. 3at

De mes titres sacrés, de ma ti-ndre amitié, Si ce n'est par amourj parlez-iaoî par pitié ; Révélez yos secrets à celle qui vous aime, Parlez, quecrai^e^vous?c'e8tun autre Tous-m6me. QueUsontceuiquichezvouaonl pénétré sans brait? Ils semblaient redouter l'oeil même de la nuit, Et de sombres manteaux me cachaient leur vîsaf e !

BRtrrDs.

De grâce, levez-vous, cessez «n tel lang;age.

Eb! pourquoi me forcer vous-même A l'employer? Dcvrais-je être, Brutus, réduite à vous prier? Si le sort à la vAtre a joint ma destinée.

Au plaisir de vos yeux il ne l'a point bornée ; Ou mon partage est-il en ce commnn lien, De soutenir parfois un frivole entretien, D'éyayer vos repas, d'embellir votre couche?

Dois-je enfin, étrangère à tout ce qui le tonche, De Brutus seulement amuser les loisirs?

S'il ne me veut donner de part qu'à ses plaisirs. S'il ne m'ouvre ses bras qu'en me fermant son ame, Je suis sa concubitie et ne suis poî&t sa femme ! a6

...Xoogl.

3os SHAKSPEARE.

BBDTDS.

Vous êtes, PoFcia, le preAier.de mea biens.

Foscu.

Pourquoi donc vos secrets ne sont-ils pas les miens? Votre prudence est-eUe à ce point alarmée?... Je suis femme il est vrai^ mais cette femine aimée Que le noble Brutus honora de son nom, Je suis femme il est rrai, mais Glle de Catoa! M*oseE-vous soupçonner d'un courage vulgaire, Femme d'un tel époux et G lie d'un tel père?

Un fer trancbant qu'ici j'enfonçai de mes mains Est garaut de ma force à garder vos desseins : Si j'ai, sans le tcabir par un lâcbe munaure, Caché, dit jours entiers, ce fer dans ma blessure, Douterez-vous encor, Brutus, me crojrez-vous Indigne de porter les secrets d'un époux?...

Vous?... Dieux qui l'entendez, rendez-moi digne d'elle ! Oui, noble Porcia, bientôt ton sein fidèle De ces tristes secrets va partager le poids ; Apprends donc. ..Mais quel est cebruit confus de voÏK? On vient, accorde-moi quelques momeas encore,

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SHAKSPEAKE.

Kentre, tii «Auras tout!....

Ce secret qu'elle implore Sera trap tAt connu. Voyez ces Gers Romaïas, I> fer libérateur ^tincetle en leurs mains.

Déji du coup mortel la victinie frappée A Laigné de son sang le marfcre de Pompée; BieRtdt de cette mort la sinistre rumeuV Soulève su sein de Kome nae longue clameur, Un trouble sans objet j fermente; la foule Murmure, puis se tait, s'âsseAible, puis s'écoule ; ^e implore la vois qui la doit réunir Pour app/endre s'il Faut approuver ou punir.

Tel l'iaceudie attend, dans sa naissante rage, Quel'onde ou que le vent l'éteigne ou le propage. Bravez, fiers conjurés, ces'flots tumultueux; Le poignard à la main, paraissez devant eux; De ce peuplé indécis ne craignez point d'outrage, Vos discours, par degrés, vont dissiper l'orage ; Partagez entre vous ces groupes dispersés :

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3o4 SHAKSPEARE.

Autour de Cassius quelques-uns Boni pressés; Pour entendre Brutus, tout le reste s'élance, Il monte à la tribune, il est monté; lileocel

BBDTDS.

Amis ! concitoyens '. je tous dois compte à tous, Et j'apporte saus peur ma cause devant vous j Romains ! voua me croirei, il j va de ma g;loire ; Hais «oagét tk ma vie, avant que de me croire. S'il reste un ami tendre k César qui A.'eat plus, Celui-U l'aimait moins que ne l'aima Brutus ! 11 n'est aucun de vous qui plus que moi l'honore { Mais3ij'aimaisCésar,j'«imais mieux Rome encore : Il m'a fallu choisir, car tel était Bon sort, . Avec César, ^dave, ou libre, par sa mort.

Je l'ai dit cependant, César fut un grand faommel II était mon ami, mais te tjran de Rome ; J'ai dû de ses hauts faits louer le conquérant; Je regrette l'ami, j'ai frappé le tjraa!

S'il estuncœurservile et fait pour l'esclavage, Lui seul e droit ici de blâmer ce langage; Qu'il m'ac<^use, il le peut, lui seul est offensé.

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SHAKSPEAHE.. .1o5

Du nombre des fiomaiiis s'il veut A(re effacé, Qu'il sorte de vob ranj;*, qu'il se monlK et s'écrie : Que seul il j^référaitun homme à la patrie!

J'attendi une répoiue...

n.veie.ma citotbns.

Aucun, Brutus, aucun !

BRDTDS. '

J'ai donc fait mon devoir; tel est l'avb commun. Mai< accuser Cédar n'est point ici mon rôle; Les mo^ de sa mort, inscrits au Capitole, Sang nier sa grandeur, sans aggraver ses torts. Vous instruiront, amis, du but de nos efforts. Haia voici sa'dépouille, Antoine là jevance ; A la tête du deuil, Antoine quiVayauce, Recueillera pourtant les fruits de ce trépas ! Que dis>jc, et qui de vous n'en recueillera pas ! Un seul mot et j'ai dit; si quelqucjouruiiliomme Jugeait ma propre mort utile au bien de Rome, Sur moiqu'àl'instant même il lève ce. poignard, Et qu'il me tue, ainsi que j'ai tué César.

TOUS LES CITOTBNS.

Vivez, Brutùs, vîvei !

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3o6 SHAKM»EARE.

QUBLQDBS-tmf.

Mort h qaî veut un maître!

rw ciTOïEN.

' Brutus, le seul Brntus était digne de l'être ! en AD'raK, Eh ! quel prix à nos jeux a'a-t-il pas mérité !

UN irTBE.

Qu'il soit à sa demeure en triomphe porté!

un autbb.

Que, redit mille fois, son nom frappe la Due !

on AttTRB.

Qu'auprès de ses aïeux s'élève sa statue...

LE PDBUlEn CITOTBN.

Oui, qu'ilsoitfAitCésar!...

Bnitus, les entends-in ?

Sont-ce là ces Romains que rêvait ta vertD?

Ils fêtent du tji'an la puissance bannie.

Et pour prix de sa mort t'offrent sa tjrannîe I F;int-il s'en étonner? Non; si tu t'es flatté

..Cocglc

SHAKSPËARB. 3«7

Qu'Us entendraient encôr le nom de libertéj Tu t'abusais; ce doit inutile et soblhne T'a conipiîs leur farenr et nOn paj leur estime ; Ainsi, désenchanté, sans en être compris, Domine qnelipie temps ces mobiles esprits j Mais tournant contre toi l'arme de la parole, Aotoine va rég-ner ; et ce peuple frivole, Accueillant de César le souvenir banni.

Te maudira peut-être autant qu'il t'a béni.

Malbear à toi ! doué de ce souffle épliémire Qui soulève i son gré la Vague populaire, . Tu croîs la gouverner ; mais pltftât que d'asseoir Sur sa base flottante un durable pouvoir, Tu graveras 5UF l'onde pu le sable mobile De tes pensers profonds l'empreinte indélébile, Sans que le flot l'entraîne- en aes sillons mouvans Ou que le sable fuie au caprice dés vents.

Mais la scèhe a changé ; c'est encor l'Italie.

Sous la trace des ans énervée, amollie.

Elle a gardé dn moins, à travers ses douleur^

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3oB SHAKSPEAHE.-

Ses vëtemêns de fête aux brillantes tonleura! O nuit ! que sur ces bords ton ombre a de délices '. Que de (leurs ji ton souffle entr'ouvrent leurs calices 1 Quel parfum enrichit cet air déjà.û par!

Quel éclat dans ces feux qui peuplent ton azur ! Mais tes astres jaloux, devant l'aube naissante, Ont voilé de dépit leur lace pdlissante^ Et de ton noir manteau, dégagée à demi, Vérone k mes regarda lève un front endormi .

Terre de» souvenirs, tes colonnes antiques Des modernes palais décorent les portiques !

Dans ces jardins pompeux, par le jour dévoilés, Se sont réfugiés tous tes Dieux eijlés ; A leurs autels, privés d'un feston idolâtre, Le seul jasmin suspend ses étoiles d'albâtre. Maison des Capulets, tes nobles possesseurs D'un climat fortuné savourant les douceurs, - Elevés au sommet des fortunes humaines,' Ont sans doute oublié qu'il est encor des peines' Que dis je? ail ! qui peut fuirlemalbeurou l'amour! Tous deux ont pénétré dans ce brillant séjour ; J'éenute, et du matin les brises fugitivra

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SHAKSPËARE. 3og

Apportent jusqu'à moi leurs paroles plaintives.

Quoi si tdt! Quoi déjà ! OéjA %a veni partir ! De rapproche du jour rien n'a pu t-avertir !

C'était le rossignol, et non pas l'alouette, Dont le chant a frappé ton oreille inquiète ; Crois-en, mon Koinéo,.ce grenadier en fleurs Quirentend chaque nuit raconter se& douleurs, Celait le lossignol ...

. Vois-tu, ma bien-aimée, S'étendre à l'horizon cette ligne enflammée?

Voî»-tu les traits du jour entr'ouvrir l'orient, Les étoiles pâlir, et le matin riant Du milieu desbrouillards qui voilent noseampagnes S'élever radieux ^ur le front des inontagnes? II faut partir et vivre, ou rester et mourir !

JDUBTTB.

Non, ce n'est pas le jour! où donc veu»-t« courir? Le jour est encor loin; c'est quelque météore Qui pour guider ta fuite a devancé l'aurore.

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3<o SHAKSPEARE.

Ob! ne pars point!

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