‹ PoésiesChapitre 31 sur 113 · LA SAGESSE DES GRIFFONS 9I · texte numérisé non relu

LA SAGESSE DES GRIFFONS 9I

L'ombre où meurent les fleurs se creusait davantage Dans sa chair, d'un blanc mat comme le camélia. Mais, me tendant ses bras, lianes odorantes, Lentement sur mon col, douce, elle les lia, Et soupira : Toujours ! de ses lèvres mourantes. Sur sa tête d'enfant penchée au poids des fleurs. Le dossier droit et haut montait lourd de ténèbres. Et là, debout, pleins d'ombre et de vagues lueurs, Les grifibns lampassés prenaient des airs funèbres; Car sans doute ils songeaient, sous leur vieux front plissé, A tout ce qu'avaient vu jadis leurs yeux de chêne, Aux bras évanouis des nuits du temps passé Qui tous voulaient jeter une éternelle chaîne, Insensés I sur le col docile de l'aimé, Ne sachant pas qu'au fond des cryptes ténébreuses, Tout seuls, plies en croix sur le sein accalmé. Ils s'en iraient où vont les bras des amoureuses. Car les griffons, debout sur le cimier ducal. Graves et vieux témoins de nos brèves chimères, S'éuient enfin lassés d'entendre, après le bal. Les serments éternels des bouches éphémères.

Janvier i86j.

^ THÉOTHILE G^UTIE%

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