‹ PoésiesChapitre 51 sur 113 · HIPPIAS, DAPHNÉ · texte numérisé non relu

HIPPIAS, DAPHNÉ

DAPHXÉ, devant le temple.

J'ai cueilli le dictame illustre entre les plantes Et les tiges en fleur des herbes consolantes. J'en veux faire un breuvage, afin de secourir Celle dont je suis née et que je vois mourir. Christ, messager divin de la bonne parole, S'il est vrai qu'à ta voix l'essaim des Dieux s'envole Et qu'Apollon n'est plus le divin guérisseur, Jésus, roi languissant aux yeux pleins de douceur, Puisque ton règne arrive, il me vient l'espérance Qu'un Dieu qui sut souffrir sait guérir la souffrance. Maître, sauve ma mère : elle est des tiens aussi. Et donne-moi l'époux que mon père a choisi.

HIPPIAS, faisant quelques pas vers elle.

Daphné, ma douce gloire et toute mon envie, Vois l'homme qui sera la moitié de ta vie,

L'époux promis selon les usages anciens.

Il est là ; viens et mets tes deux bras dans les siens.

Oui, c'est toi ; ce n'est pas ton insensible image, Cher Hippias, qui vient raconter ton naufrage. Je savais, voyageur qui portes mon amour, Qu'il me serait donné le jour de ton retour. L'espérance habitait ma poitrine fidèle.

Viens, je te vais conduire à ma mère et, près d'elle Qui, triste, fait rouler la laine en écheveaux, Hôte du vieux foyer, tu diras tes travaux. Un mal courbe ma mère et lui brûle le foie.

HIPPIAS

Tous nos jours sont mêlés de douleur et de joie. Tes chagrins sont les miens ; mais, malgré ton accueil, Je ne franchirai pas les dalles de ton seuil. Vois : ce large chapeau noué contre la brise. Cette ceinture étroite à ma tunique grise, Ces guêtres à mes pieds, ce bâton à ma main. Sont d'un homme pressé de suivre son chemin. Mon navire, parti de mon île natale.

Par l'ordre paternel, vers l'onde occidentale, Au fond du port, déjà tourne son éperon.

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