PREMIÈRE PARTIE
Comme l'outre d'eau fraîche occupait le patron, Je suis venu. Je pars : avec l'aile des voiles, Gagnant la haute mer au retour des étoiles. Sous leur chœur révéré qui me protégera, Je vais vendre à Pœstum les vins noirs de Théra.
Oh ! ne me quitte pas encor : cette heure est belle. Reste : la mer est vaste et l'absence est cruelle.
Je venais, j'espérais, de ce sentier obscur, Voir ta porte, et ton ombre un moment sur le mur. Mais bientôt, au retour de ma route prospère. Je reviendrai m'asseoir au foyer de ton père. Je boirai dans sa coupe, afin que le vieillard, Ainsi qu'il l'a promis, me laisse sans retard T'emmener sur ma nef, de myrtes couronnée. Vers mon toit où luiront les torches d'Hyménée. O coupes, ô chansons, ô fleurs! Vienne ce jour! Car j'ai connu par toi l'inévitable amour. Et je sais qu'une main de vierge est prompte et sûre A faire au cœur d'un homme une douce blessure. J'aime. On dit que l'amour est un mal : je le sais, Et j'aime. Le tourment m'est cher que tu me fais;
Celle qui put blesser saura guérir, ô femme, Et tu me seras douce et semblable au dictame. Aimer ne trouble pas à jamais la raison. Quand tu seras entrée épouse en ma maison. Nous connaîtrons la paix, le foyer, l'abondance, L'amitié, les enfants, la tardive prudence, Et nous vivrons pareils à deux arbres jumeaux Qui versent l'ombre fraîche en mêlant leurs rameaux. Mais mon père le veut : je poursuis mon voyage. Le fils obéissant vit heureux un long âge. Invoque en ma faveur Hespéros, astre clair.
J'invoquerai Jésus qui marchait sur la mer.
Ma Daphné, gardons-nous des paroles légères ; N'invoquons point les Dieux des races étrangères, Car la terre natale et nos bois et nos cieux Sont encor palpitants du souffle de nos Dieux. On sent dans l'air sacré leurs signes, leurs présages. Je ne quitterai point le culte des vieux sages. Les hommes d'autrefois, qui valaient mieux que nous, Acquittaient le tribut qu'on doit aux Dieux jaloux. Pieux observateur des coutumes antiques.