PREMIÈRE PARTIE
Et qui donc après moi garderait la demeure Des discours des gentils, des pièges des Démons? Qui donc arracherait l'homme que nous aimons, Ton vieux père, à l'abîme invisible que creuse, Sous ses pas égarés, son ignorance affreuse? Et toi-même, qui donc en tes jours de langueur, Du vin spirituel viendrait nourrir ton cœur Affaibli par le lait de la tendresse humaine? Mes esclaves nombreux et soumis que je mène Dans tes chemins. Seigneur, avec sévérité. Qui remettrait leurs pas dans le sillon quitté? Quelle voix, en ce bourg plein d'idoles d'argile, Aux fils des vignerons dirait ton évangile? Et quelle main assez ferme dispenserait L'aumône aux pauvres gens, selon ton intérêt? Ta volonté, mon Dieu, soit faite et non la mienne I Mais avant de m'ôter d'ici, qu'il te souvienne Des âmes en péril dont tu me fis l'espoir. Je suis ton ouvrière : il me faut jusqu'au soir, Maître mystérieux, travailler dans ta vigne, Afin que je t'apporte une vendange insigne.
DAPHNé.
Tu vivras, douce mère, et sur tes cheveux blancs Les jours s'écouleront pacifiques et lents.
KALLISTA
Tu m'aimes, mon enfant ; ta tendresse craintive, Sans oser l'espérer, souhaite que je vive. Dieu seul peut retarder l'heure du grand départ; Mais dans ma guérison je te garde une part. Pour qu'à me laisser vivre ici-bas Dieu consente. J'espère en la vertu de ta tète innocente. Enfant, colombe intacte, agneau prédestiné, Fruit de dilection que le ciel m'a donné. Jeune plante qui croîs sous mon amour austère, Non pas avec l'espoir de fleurir sur la terre. Mais afin de répandre au ciel ta bonne odeur Et de plaire au Dieu vierge à qui plaît la pudeur, Ton âme qu'exalta l'espérance féconde Ne saurait plus se prendre aux choses de ce monde, Et tes lèvres, que brûle un immortel désir, N'ont soif que de la source impossible à tarir. Prenant la vie ainsi qu'une nuit sous la tente, Tu veilles, en joignant les deux mains dans l'attente. Enfant, bien que peut-être un terrestre dessein Ait jadis un moment troublé ton jeune sein, Dans les bras d'un époux tu ne veux pas descendre Ni goûter des baisers plus amers que la cendre ; Tu ne veux pas semer dans le trouble et l'effort