‹ PoésiesChapitre 66 sur 113 · DEUXIÈME PARTIE l6l · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE l6l

Ces choses qu'accomplit pour moi le Dieu puissant, Et je te confierai la fille de mon sang, Afin, 6 Théognis, que ta droite l'élise Et l'ordonne bientôt lectrice en ton église.

THÉO GNIS.

Certes je conduirai ton enfant à l'autel,

Comme une épouse chère à l'Époux immonel,

O femme, mais tu sais, car ta prudence est grande,

Que pour faire au Seigneur une agréable oflfrande

Il faut une victime heureuse de s'offrir,

Un cœur prompt et joyeux brûlé d'un saint désir.

Promise au lit du Roi, la Vierge du Cantique

Se parfuma de myrrhe et d'huile aromatique :

C'est ainsi que l'épouse offerte au Roi des Cieux

Doit exhaler l'amour comme un nard précieux.

Or, écoute et réponds, femme : Daphné, ta fille,

Saura-t-elle quitter la maison, la famille,

Et la tâche facile et les jeux, les amis.

Les espoirs obstinés et les amours permis.

Comme un prompt voyageur quitte au matin l'auberge?

A-t-elle fermement ceint sa robe de vierge

Pour aller, appuyée au bâton de la foi,

Vers Celui qu'elle entend lui crier : « Viens à moi I »

l62 LES NOCES CORINTHIENNES

KALLISTA

Sache donc que ma fille, en qui la grâce abonde, Ne pense et ne vit plus déjà selon le monde. Loin du rire et des pleurs, elle n'assiste pas, Chez un père infidèle, aux fêtes, aux repas. Depuis un an, cachée au fond de la demeure, Elle goûte en priant la paix intérieure. De tout le siècle vain, pour elle, rien n'est plus.

TIIÉOGNIS.

Louange à Dieu I tel est le signe des élus.

Le Maître a dit : « Celui qui m'aime et qui veut vivre

Doit quitter sa famille et ses biens pour me suivre. »

Demain, quand le Seigneur, du sein brillant des Cieux,

Plongera dans la nuit l'homme silencieux,

Lorsque j'aurai porté l'offrande méritoire

Aux tombeaux des martyrs qui chantent dans la gloire,

Du bâton pastoral je heurterai ton seuil ;

Vers la troisième veille, ouvre et me fais accueil.

Et livre-moi l'enfant toute voilée et ceinte.

Afin que je la mène en la demeure sainte

Où selon son espoir je la consacrerai

En imposant les mains dans le rite sacré.

Femme, tu la verras bientôt, diaconesse.

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