‹ PoésiesChapitre 71 sur 113 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Quand la lune nouvelle, au-dessus de la mer, Lève une corne fine et blanche dans l'éther. Artémis est égale aux Dieux, pères des choses; Sa face incorruptible enseigne bien des causes. Enfant, songe à surprendre aux vieillards les secrets Qu'ils ont connus, touchant les astres, les forêts, Les nuages épars, les monts et la mer blême, Afin que, connaissant ces grands secrets toi-même. Tu remplisses ta tâche avec habileté.

Et que, servant très bien, tu sois très bien traité... Je vois un étranger vers ma demeure élue S'avancer. Que mon seuil l'accueille et le salue 1 Il vient des Dieux. Enfant, cours vers lui. Quel qu'il soit, Dis-lui bien qu'il m'honore en entrant sous mon toit. Et que le vin l'attend dans la maison prospère.

SCE'i^E VI HERMAS, HIPPIAS.

HIPPIAS

Trois fois salut, Hermas, ô vieillard, ô mon père!

lyo LES NOCES CORINTHIENNES

HERMAS

Hippias de Théra, fils de Lakôn, salut,

Mon filsl Certes le Dieu m'est ami, qui voulut

Ramener sous mon toit ta tête désirée.

Et vers mes yeux que fuit la lumière sacrée,

Ainsi qu'un songe heureux, prit soin de t'envoyer.

Marquons d'un caillou blanc ce jour à mon foyer.

Fils de Lakôn, pour toi la couronne de lierre

Et la coupe d'argent et l'antique salière.

Les viandes et les fruits et les vins noirs, afin

Qu'ayant dompté d'abord l'inexorable faim.

Tu m'apprennes, ami, cher honneur de ma table,

Quels destins ont comblé ton père irréprochable.

HIPPIAS

Il cultive sa vigne et se souvient de toi. Mais les ans ont vaincu sa vigueur.

HERMAS

C'est la loi.

Tel je le vis et tel je te vois. Il me semble Revivre aux jours anciens où nous croissions ensemble. Il était grand; ton front à son front est pareil. Les vieillards l'estimaient sage dans le conseil.

DEUXii-Mn PARTIE 171

Quand un premier duvet dorait encor sa lèvre. Il portait fermement l'outre de peau de chèvre; Car les hommes d'alors étaient plus vigoureux Que ceux du temps présent qui sont conçus par eux. Je proclame ton père heureux! La vie est bonne, Car c'est un grand Démon, ami, qui nous la donne. L'enfant jette en jouant les osselets et rit. Le jeune homme au sang vif médite en son esprit De rencontrer, le soir, la vierge sous les saules. Le blanc vieillard dont l'âge a courbé les épaules. Assis au banc du seuil, sous les astres en chœur, A parler sagement réjouit son cher cœur. Au long des jours de miel et des heures amères, Suis doucement le fil que te tournent les Mœres. L'homme aux ardents désirs, quand Hadès l'a vaincu, A désiré de vivre et n'a jamais vécu.

Craignons les vains souhaits et l'attente chagrine.

Un désir invincible a gonflé ma poitrine

A cause de ta fille, ô père vénéré,

A cause de ta fille et du lit désiré.

Mon âme tout entière a passé dans la sienne.

J'ai voyagé : j'ai vu la Force ausonienne,

Tibur, Néapolis, Pœstum, Anconia,

Les arcs et les jardins que Caesar dédia, Les buissons généreux d'arbouses et de mûres, Les arbres des vergers rougis de pommes mûres, Et la plaine et ses blés et le raisin vermeil Qui boit au flanc des monts la liqueur du soleil. Car la vigne se plaît dans la terre légère Où sous Zeus pluvieux croît l'ingrate fougère. J'ai pris soin d'écouter les discours des colons. Mais les jours ont langui pour moi vides et longs, Car j'aimais une absente... Et la subtile fièvre Dans la lenteur des nuits me montait à la lèvre, Et je voyais Daphné, ses bras et ses cheveux. O songe, ô belle image, ô fièvre 1 trouble, vœux. Soupirs, Érosl Éros, prince ailé, qui te joues Sur le sein de la vierge et sur ses belles joues. Souffrance des vivants, sourire universel 1 Hermas, il te souvient que, me tendant le sel. Dans l'antique foyer, sous Zeus sacré qui brille. Père, tu m'as choisi pour époux à ta fille. Et ses jeunes désirs se sont tournés vers moi. Je viens chercher ta fille et dégager ta foi. J'ai déjà pour Daphné, ma précieuse gloire, Préparé dans ma nef une chambre d'ivoire. Là, sont les colliers d'or, les voiles d'Orient, Les coupes, les parfums qu'enclôt l'onyx brillant, Et les larges bassins d'airain, richesse due

Page 1