‹ PoésiesChapitre 72 sur 113 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Par l'homme aimé des Dieux à l'épouse attendue. Et je veux, quand enfin tous deux nous partirons, De dociles rameaux ceindre les avirons.

Et de tresses de fleurs, de bouquets par centaines Dans l'air ivre et joyeux couronner les antennes.

Non certes, mon esprit n'était point égaré

Quant j'accordai ma fille à l'hôte préféré !

Car tes actes sont bons, tes paroles sont sages.

Tu n'as point méprisé les antiques usages.

Je crois qu'en agissant aussi bien qu'en parlant.

Tu deviendras l'égal de ton père excellent.

Daphné, ma fille, est belle et savante aux ouvrages

Qui doivent occuper les timides courages

De celles qui dans l'ombre et sous le lin jaloux

Conservent leur jeunesse en fleur au seul époux.

Il est sage d'unir la meilleure au plus digne :

A l'orme jeune et droit nous marions la vigne.

Et la douceur du miel à la force du vin

Se mêle. Mais souvent l'espoir de l'homme est vain,

Et notre âme légère est sans cesse traînée

Dans le filet d'airain de l'âpre Destinée.

Certes je ne veux pas troubler ton âme, ami,

Par un discours mauvais et couvert à demi.

Un souffle maladif, des ombres insensées

Enveloppent ma fille et voilent ses pensées;

Elle fuit maintenant mes yeux que sa beauté

Abreuvait autrefois d'une fraîche clarté;

Elle se tait, se cache et pleure. Et je devine

Qu'il est à sa souffrance une cause divine.

Un démon est en elle et dompte son cher cœur.

Le Dieu galilcen sans doute est son vainqueur;

Et ce Dieu mort, par qui ma fille est entraînée,

N'aime point les époux et les chants d'hyménée ;

Il n'aime point la vie et n'a jamais vanté

Que la faim et la soif et la stérilité.

Une femme séduit mon enfant et la mène.

Inerte, vers celui qui hait la race humaine.

Les Dieux n'ont point laissé longtemps à ses amis

La bonne Pythias, ta mère : ils ont permis

Qu'une autre, égale en âge à la vieille corneille

Vécût pour n'être pas sage autant qu'elle est vieille.

Mais veiller convient mal à l'homme chargé d'ans.

Je vais d'un doux sommeil baigner mes yeux prudents ;

Car le bel Hespéros, cher aux amants, incline

Au ciel occidental sa lumière divine.

Repose en ma demeure avec sécurité;

Fils de Lakôn 1 étends sur ton lit, abrité

Par le portique étroit contre la nuit humide,

Cette épaisse toison d'un grand lion numide;

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