DEUXIÈME PARTIE
Par l'homme aimé des Dieux à l'épouse attendue. Et je veux, quand enfin tous deux nous partirons, De dociles rameaux ceindre les avirons.
Et de tresses de fleurs, de bouquets par centaines Dans l'air ivre et joyeux couronner les antennes.
Non certes, mon esprit n'était point égaré
Quant j'accordai ma fille à l'hôte préféré !
Car tes actes sont bons, tes paroles sont sages.
Tu n'as point méprisé les antiques usages.
Je crois qu'en agissant aussi bien qu'en parlant.
Tu deviendras l'égal de ton père excellent.
Daphné, ma fille, est belle et savante aux ouvrages
Qui doivent occuper les timides courages
De celles qui dans l'ombre et sous le lin jaloux
Conservent leur jeunesse en fleur au seul époux.
Il est sage d'unir la meilleure au plus digne :
A l'orme jeune et droit nous marions la vigne.
Et la douceur du miel à la force du vin
Se mêle. Mais souvent l'espoir de l'homme est vain,
Et notre âme légère est sans cesse traînée
Dans le filet d'airain de l'âpre Destinée.
Certes je ne veux pas troubler ton âme, ami,
Par un discours mauvais et couvert à demi.
Un souffle maladif, des ombres insensées
Enveloppent ma fille et voilent ses pensées;
Elle fuit maintenant mes yeux que sa beauté
Abreuvait autrefois d'une fraîche clarté;
Elle se tait, se cache et pleure. Et je devine
Qu'il est à sa souffrance une cause divine.
Un démon est en elle et dompte son cher cœur.
Le Dieu galilcen sans doute est son vainqueur;
Et ce Dieu mort, par qui ma fille est entraînée,
N'aime point les époux et les chants d'hyménée ;
Il n'aime point la vie et n'a jamais vanté
Que la faim et la soif et la stérilité.
Une femme séduit mon enfant et la mène.
Inerte, vers celui qui hait la race humaine.
Les Dieux n'ont point laissé longtemps à ses amis
La bonne Pythias, ta mère : ils ont permis
Qu'une autre, égale en âge à la vieille corneille
Vécût pour n'être pas sage autant qu'elle est vieille.
Mais veiller convient mal à l'homme chargé d'ans.
Je vais d'un doux sommeil baigner mes yeux prudents ;
Car le bel Hespéros, cher aux amants, incline
Au ciel occidental sa lumière divine.
Repose en ma demeure avec sécurité;
Fils de Lakôn 1 étends sur ton lit, abrité
Par le portique étroit contre la nuit humide,
Cette épaisse toison d'un grand lion numide;