DEUXIÈME PARTIE
Je ne puis plus. Tais-toi !
HIPPIAS
Pourquoi dis-tu les mots qui répandent l'effroi? D'une divine horreur ta langue s'est trempée. Quel mystère profond te tient enveloppée? Réponds-moi, réponds-moi : Quelle fatalité Mit ces troubles obscurs dans ton cœur agité? Devant les astres clairs et Séléné, leur reine, Je te prie et t'adjure, ô vierge! je me traîne Suppliant à tes pieds, les deux bras étendus. Et tu m'accorderas les dons qui me sont dus. Jeune fille. Car seul l'impie en sa folie N'accorde pas le don à la main qui supplie. J'embrasserai tes pieds, tes mains et tes cheveux. Et tu me répondras : C'est le don que je veux.
D APHNÉ.
Ohl ne me touche pas, car je serais perdue.
HIPPIAS
Non ! tu ne me dis pas la parole attendue.
l88 LES NOCES CORINTHIENNES
DAPHNE
Va-t'en ! fuis loin de moi !
HIPPIAS
J'embrasse tes genoux.
DAPHNÉ
Malheur à moi! malheur à toi I malheur sur nous
HIPPIAS
Pourquoi ce cri sinistre où frissonne la crainte?... Oh 1 que ta joue est pâle et de douleur empreinte I Quel effroi nage encor dans tes yeux agrandis?... Exécrable silence! Ohl parle; dis-moi, dis Quelle œuvre d'Iolchos, quelles herbes sauvages, Quels ossements broyés, quels livides breuvages, Quels magiques travaux ont sur ta joue en fleur Epandu sourdement une triste pâleur.
Quel poison a glacé ton sang et ta chair blême, Quel charme t'a rendue absente de toi-même?
DAPHNÉ
Lâche mes mains 1