DEUXIÈME PARTIE I
Qui fais traîner le chant des pleurs sur ton chemin, Dieu contempteur des lois, puissant par la magie, O prince de la mort, dont la froide énergie Ne vaut que pour glacer nos vierges en nos bras! Ton savoir est divin; tant mieux! tu m'entendras, Et certes mon discours va te combler de joie : Je t'attends et tu peux venir chercher ta proie. Enlève si tu veux, mais tue auparavant. Tu n'emporteras pas celle-ci, moi vivant.
Cher Hippias, tais-toi : ta fureur est impie. Crains le blasphème vain qu'un long tourment expie. Jésus de Nazareth n'est pas tel que tu crois. C'est pour que nous vivions qu'il est mort sur la croix. Il n'a pas demandé que je lui fusse offene. Et celle qui me perd n'a pas voulu ma perte. Ma mère méditait ma gloire et mon bonheur Alors qu'elle fît vœu de m'offrir au Seigneur. Elle m'a pour du miel donné l'absinthe amère.
HIPPIAS
Non, Daphné ! les Dieux bons n'écoutent pas la mère Qui défend que sa fille à l'époux souhaité Apporte le trésor de sa virginité.
Non, vous n'écoutez pas, Générateurs du monde I La mère qui voudrait voir sa fille inféconde. Sans époux, sans enfants, sans amour, sans foyer, Étrangère partout, montrée au doigt, ployer. Inutile fardeau sur la terre sacrée.
Sur la terre où tout aime, où tout s'enlace et crée ; Tendre des bras séchés sans jamais rien saisir. Et se traîner pareille aux Ombres sans désir. Et ce serait la vierge entre toutes chérie. Des dons d'Aphrodite divinement fleurie.
Celle-là qui déjà d'un amoureux dessein Aux discours d'un ami gonfla son chaste sein, Daphné, fille d'Hermas, honneur de cette terre. Qu'on laisserait vieillir stérile et solitaire ! Ils ne le feront pas, quoi qu'ils puissent oser : Vierge, crois-en les Dieux et crois-en ce baiser.
DAPHNÉ
Hélas 1 hélas 1 ô trouble, ô démence, ô vertige!
Les herbes d'Iolchos, la racine et la tige
Dont coule une livide et mortelle liqueur
Bien moins qu'un tel baiser ruineraient mon cœur.
HIPPIAS
Il vient de ton époux, ce baiser qui t'effraie.