DEUXIÈME PARTIE I
Redoute-moi : je suis une chose sacrée. Moi-même je me crains, je suis la part de Dieu. Pour la dernière fois, va-t'en 1 Je t'aime. Adieu !
HIPPIAS
Quel Immortel saurait t'aimer comme je t'aime, Moi qui par la douleur suis semblable à toi-même? Un Dieu ne pourrait pas souffrir, mourir pour toi, Malheureux! Ses baisers te tueraient dans l'effroi. O mon âme, il n'est pas de si chère caresse Q.ue les embrassements des mortels en détresse. Rien ne vaut dans l'éther mes baisers, ta langueur, Ton beau corps fléchissant inerte sur mon cœur, Tes larmes!
DAPHNÉ
Ouvre au ciel tes ailes de colombe; Viens, Esprit, verse-moi ta force ! Je succombe.
HIPPIAS
Vois, il est doux d'aimer.
DAPHNÉ
Je t'aime malgré moi.
IIIPPIAS.
C'est Éros qui le veut : il faut suivre sa loi.
Eh bien, cher Hippiasl tu m'as vaincue 1 Écoute : Je t'aime et suis à toi. Prends-moi donc, prends-moi to Emporte-moi. Fuyons, cache-moi dans tes bras. Je te suis. Je ferai tout ce que tu feras. Oh ! que couchée au dos d'un cheval par la plaine, Les yeux clos, dans l'air frais je boive ton haleine 1 Je veux brider moi-même un cheval aux pieds prompts Oh! viens, ne tarde pas; nous irons, nous fuirons Jusqu'au golfe où ta nef balance ses antennes. Je ne crains ni les vents ni les mers incertaines. Pour notre épithalame, ami, nous entendrons La chanson des marins au bruit des avirons. La nef, fendant les eaux sous les astres sans nombre, M'emportera plongée à tes pieds dans ton ombre. Tu seras mon espoir, mon salut et ma foi. Je m'envelopperai tout entière de toi.