‹ PoésiesChapitre 132 sur 341 · AU CHEVALIER DE PANGE · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER DE PANGE

Quand la feuille en festons a couronné les bois,

L'amoureux rossignol n'étouffe point sa voix.

Il serait criminel aux yeux de la nature,

Si, de ses dons heiu'eux négligeant la culture.

Sur son triste rameau, muet dans ses amours, s

Il laissait sans chanter expirer les beaux jours.

Et toi, rebelle aux dons d'une si tendre mère,

Dégoûté de poursuivre une muse étrangère

Dont tu choisis la cour trop bruyante pour toi.

Tu t'es fait du silence une coupable loi ! lO

Tu naquis rossignol. Pourquoi, loin du bocage

Où des jeunes rosiers le balsamique ombrage

Eût redit tes doux sons sans murmure écoutés,

T'en allais- tu chercher la muse des cités ?

Cette muse, d'éclat, de pourpre environnée, 15

Qui, le glaive à la main, du diadème ornée,

Vient au peuple assemblé, d'une dolente voix.

Pleurer les grands malheurs, les empires, les rois ?

Que n'étais-tu fidèle à ces muses tranquilles

Qui cherchent la fraîcheur des rustiques asiles, 20

Le front ceint de lilas et de jasmins nouveaux.

Et vont sur leurs attraits consulter les ruisseaux ?

V iens dire à leurs concerts la beauté qui te brûle.

Amoureux, avec l'âme et la voix de TibuUe,

m. — V. 12. Éd. 1839 :

Où de Jeunes rosiers le balsamique ombrage.

Fuirais- tu les hameaux, ce séjour enchauté 25

Qui reud plus séduisaut l'éclat de la beauté?

L'Amour aime les champs, et les champs l'ont vu naître.

La fille d'un pasteur, une vierge champêtre.

Dans le fond d'une rose, un matin du printemps.

Le trouva nouveau- né. 30

Le sommeil entr'ouvrait ses lèvres colorées.

Elle saisit le bout de ses ailes dorées,

L'ôta de son berceau d'une timide main,

Tout trempé de rosée, et le mit dans son sein.

Tout, mais surtout les champs sont restés son empire. 35

Là tout aime, tout plaît, tout jouit, tout soupire;

Là de plus beaux soleils dorent l'azur des cieux ;

Là les prés, les gazons, les bois harmonieux.

De mobiles ruisseaux la colline animée,

L'âme de mille fleurs dans les zéphyrs semée ; 40

Là parmi les oiseaux l'amour vient se poser ;

Là sous les antres frais habite le baiser.

l^es Muses et l'Amour ont les mêmes retraites.

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