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LIVRE I— MÉDITATIONS — VOYAGES \A

L'astre qui fait aimer est l'astre des poètes.

Bois, écho, frais zéphyrs, dieux champêtres et doux, 45

Le génie et les vers se plaisent parmi vous.

J'ai choisi parmi vous ma Musc jeune et chère;

Et, bien qu'entre ses sœurs elle soit la dernière.

Elle plaît. Mes amis, vos yeux en sont témoins.

Et puis une plus belle eût voulu plus de soins ; 50

Délicate et craintive, un rien la décourage,

Un rien sait l'animer. Curieuse et volage.

Elle va parcourant tous les objets flatteurs ,

Sans se fixer jamais, non plus que sur les fleurs

Les zéphyrs vagabonds, doux rivaux des abeilles, 55

Ou le baiser ravi sur des lèvres vermeilles.

Une source brillante, un buisson qui fleurit,

Tout amuse ses yeux ; elle pleure, elle rit.

Tantôt à pas rêveurs, mélancolique et lente,

Elle erre avec une onde et pure et languissante ; 60

Tantôt elle va, vient, d'un pas léger et sur

Poursuit le papillon brillant d'or et d'azur.

Ou l'agile écureuil, ou dans un nid timide

Sur un oiseau surpris pose une main rapide.

Quelquefois, gravissant la mousse du rocher, 65

Dans une touffe épaisse elle va se cacher,

Et sans bruit épier sur la grotte pendante

Ce que dira le faune à la nymphe imprudente,

Qui, dans cet antre sourd et des faunes ami,

Refusait de le suivre, et pourtant l'a suivi . 70

Souvent même, écoutant do plus hardis caprices,

V. G5. Gessner , à Dciphné : « Ma nuise dans les hallieis épais épie les dryades et le faune a4ix pieds de chèvre et les nymphes rouronnées de roseaux dans les grottes. »

Elle ose regarder au fond des précipices ,

Où sur le roc mugit le torrent effréné ,

Du droit sommet d'un mont tout à coup déciiainé.

Elle aime aussi chanter à la moisson nouvelle, 75

Suivre les moissonneurs et lier la javelle.

L'Automneau front vermeil, ceint de pampres nouveaux.

Parmi les vendaugeurs l'égaré en des coteaux ;

Elle cueille la grappe, ou blanche, ou purpurine ;

Le doux jus des raisins teint sa bouche enfantine ; 80

Ou, s'ils pressent leurs vins, elle accourt pour les vf)ir.

Et son bras avec eux fait crier le pressoir.

Viens, viens, mon jeune ami; viens, nos muses t'attendent;

Nos fêtes, nos banquets, nos courses te demandent ;

Viens voir ensemble et l'antre et l'onde et les forêts. 85

Chaque soir une table aux suaves apprêts

Assoira près de nous nos belles adorées;

Ou, cherchant dans le bois des nymphes égarées.

Nous entendrons les ris, les chansons, les festins ;

Et les verres emplis sous les bosquets lointains 90

Viendront animei" l'air, et, du sein d'uiie treille,

De leur voix argentine égayer notre oreille.

Mais si, toujours ingrat à ces charmantes sœurs.

Ton front rejette encor leurs couronnes de fleurs ;

Si de leurs soins pressants la douce impatience 95

N'obtient que d'un refus la dédaigneuse offense;

V. 80. Il y a dans ce tal)leau coiiunc un souvi'iiir lointain de Virgile, (Icor-f. 11, '. V. 8'(. Virgile, Égl. I, 38 :

Ipsœ te, Tityie, pinus ,

Ipsi tu fontes, ipsa lixc urbust.i vucubant.

<;t. Iloiaee, Od. Il, VI. L'expression est grecciiicî ; la voici dans Théocrile, Id. IV, 12 :

lai ôa(J.âXai ô' aùtôv (xuxw[Aevai oioe TtoOeOvTi.

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