‹ PoésiesChapitre 162 sur 341 · LIVRE T— MÉDITATIONS — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE T— MÉDITATIONS — VOYAGES

Je suis eu Italie, eu Grèce. O terres ! mères des arts favorables aux vertus. O beaux-arts! de ceux qui vous aiment délicieux tourments! Seul au milieu d'uu cercle nombreux, tanlôl

De vivantes couleurs une toile enflammée

s'offre tout à coup à mou esprit ,

Et ma main veut fixer ces rapides tableaux,

Et frémit et s'élance et vole à ses pinceaux ;

Tantôt, m'éblouissant d'une clarté soudaine,

La sainte poésie et m'échauffe et m'entraîne, 5

Et ma pensée, ardente à quelque grand dessein.

En vers tumultueux jjouillonne dans mon sein ;

Ou bien dans mon oreille un fils de Polymnie,

A qui INaple enseigna la sublime harmonie,

A laissé pour longtemps un aiguillon vainqueur, lo

Et son chant retentit dans le fond de mon cœur.

Alors mon visage s'enflainnic, et celui qui me voit me dit que

XIV. — L'édition de 1839 a joint à lort celte élégie à la précédente. Ce n'est ni le même ton ni la même pensée.

V. 3. Voici un des passages (jui prouvent qu'André se livrait à des essais de peinture; les vers qui suivent trahissent aussi son goût pour la musique.

V. 8. « Un fils de Polymnie. ^^ lin élève delà célèbre école de Naples , dont sans doute il entendait chanter la musique sur les théâtres d'Italie.

V. 10. Imité d'Eupolis le Comique, qui, en parlant de Périclès [Schol. Aristoph. Àciiarn. 530 et Pnc. 1204), avait dit que :

[AÔvo; TWV pY^TÔpùav

t6 y.ivTpov SYxaxéXenîe toi; àxpoa)[j.évoi;. Cette expression a souvent été remar(|née ; voy. Diodore de Sic. XII, XL; (^-icéron , Brulu.'s, IX.

ma raison a l)esoin d'ellébore. Mais des choses bien plus importantes... je parcours le Forum, le sénat; j'y suis entouré d'ombres sublimes. J'entends la voix des Gracchus, etc.. Gincinnatus, Caton, Brutus... Je vois les palais qu'ont habités Germanicus et sa femme... Thraséas, Soranus, Sénécion, Rusticus. En Grèce, tous les peuples différents, chacun avec son front, son visage, sa physionomie, passent en revue devant mes yeux. Chacun est conduit par ses héros qu'il faut nommer. (Comme l'énumération d'Homère.) (i) Périssent ceux qui traitent de préjugé l'admiration pour tous ces modèles antiques , et qui ne veulent point savoir que les grandes vertus constantes et solides ne sont qu'aux lieux où vit la liberté. Hos utinam inter heroas tellus me prima tulisset ! (2) Si j'avais vécu dans ces temps. . .

Des belles voluptés la voix enchanteresse

N'aurait point entraîné mon oisive jeunesse.

.Te n'aurais point en vers de délices trempés,

Et de l'art des plaisirs mollement occupés, 15

Plein des douces fureiu's d'un délire profane.

Livré nue aux regards ma musc courtisane.

J'aurais, jeune Romain, au sénat, aux combats.

Usé pour la patrie et ma voix et mon bras ;

Et si du grand César l'invincible génie 20

A Pharsale eût fait vaincre enfin la tyrannie,

(1) Homère, Iliade, H. Loiij^ue et magnifique énuméralion, dont plus d'un poi-te s'est inspiré. Cf. Val. Flaceus, Àrg:. VI, .33; Virgile, Enéide, VI ; Manilius, Astroii. \, 735 ; Le Tasse, Ger. id). I, XXXVI ; Milton, Par. perdu, 1, les lésions de Satan; Thomson, Sais. Hiver.

(2) André cite de mémoire; Horace, Sat. Il, il, 93 :

Hos utinam inicr

Hcioas iKitiuii icUus iiif prima tulisset.

V. 12 et suiv. Voici le canevas en prose de tout ce passage : « Si j'avais vécu dans ces temps, je n'aurais point l'ait des Art d'aimer, des poésies molles, amoureuses ; ma muse courtisane n'aurait point... j'aurais mené la vie d'un jeune Romain, au barreau, dans le sénat. J'aurais défendu la liberté, ou je serais mort à Uliquc d'un coup de poignard! » Voy. M. de Lalouclie, l'allée aux loups.

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