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LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES

Vient, le regard baissé, solliciter sa place ;

Dont la main est sans tache, et n'a connu jamais

Le fiel dont la satire envenime ses traits.

Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde.

Bénis soient tes décrets, ô Sagesse profonde !

Qui me voulus heureux et, prodigue envers moi,

^l'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi.

Mon Louvre est sous le toit, sur ma tête il s'abaisse ; 5

De ses premiers regards l'orient le caresse.

Lit, sièges , table , y sont , portant de toutes parts

Livres, dessins, crayons, confusément épars.

Là, je dors, chante, lis, pleure, étudie et pense ;

Là, dans un calme pur, je médite en silence 10

à tort : le mot personne signifie évidemment quelquun. La négation est nécessaire. Il faudrait, par exemple : N'étant rivale de personne. XIX. — V. I. (< // n'est que d'être. » Régnier, Ep. II :

Il n'est que d'être libre, et en deniers contans

Dans le marché d'amour acheter du bon temps. . . Molière, Mal. imag. \" Int. VI :

Ma foi, il n'est que de jouer d'adresse en ce monde. André veut dire que pour être heureux il n'est que d'être libre et maître de soi. Savoir l'être, voilà en effet la suprême sagesse. Horace, Sat. I, m, 132, a dit :

Sapiens operis sic optimus omnis

Est opifex solus , sic rex

Et Horace encore, Épit. I, i, 106 :

Ad summam, sapiens une minor est Jove, dives,

Liber, honoratus, puicher, rex denique regum. Le sage, qui se commande, comme le dit très-bien Cicéron, de F'in'ihiis, III, est plus roi qu'un roi qui ne commande ni à soi-même ni à ses sujets. ^ . 5. Racan, stances :

Roy de ses passions, il a ce qu'il désire; Son fertile domaine est son petit empire ; Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau.

Ce qu'un jour je veux être, et, seul à m'apphuidir,

Je sème la moisson que je veux recueillir.

Là, je reviens toujours, et toujours les mains pleines,

Amasser le butin de mes courses lointaines.

Soit qu'en un livre antique à loisir engagé, 15

Dans ses doctes feuillets j'aie au loin voyagé.

Soit plutôt que, passant et vallons et rivières,

J'aie au loin parcouru les rives étrangères.

D'un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel.

Tout m'enrichit et tout m'appelle ; et, chaque ciel 20

M'offrant quelque dépouille utile et précietise.

Je remplis lentement ma ruche industrieuse.

V. 19 et suiv. — Voilà cette charmniite comparaison si jiistemeiil célèbre. Piiulare, Pytli. X, 82 ;

'Eyxwu.îwv yàp ocwto; uiivwv ÈTï' «XXot' aXXov, û(7T£ [).ilirsca., 6ûv£t Xôyov.

Ce dont Horace, (h/. IV, ii, célébrant Pindare, s'est sou\eini :

Ego, apis Matina"

More inodoqui; Grata carpentis Ihyma per laborem Plurimura, ciica nimus uvicliqiio Tibiiris ripas, operosa parvus Carmina (ingo.

Lucrèce, III, 11, butine dans les œuvres d'Epicure, « Floriferis ut apes in saltibus omnia limant. » Platon, Ion, \, a développé cette comparaison, ce qui nous a valu les vers délicieux de La Fontanie, Epi't. à M""' de la Sahlurc : Je m'avoue, il est vrai , s'il faut parler ainsi. Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles A qui le bon Platon compare nos merveilles : Si: suis chose légère, et vole à tout sujet; Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet Cf. Sénèque, Ép. à Litcilius, LXXXIV ; Montaigne, I, XXXV ; La Fontaine, Fa/>. X. 1 ; Rousseau, Ode ait comte du Luc. lioileau, Disc, au roi, nous a gâté un |)eu le cliariuc de cette comparaison :

Comme on voit au printemps la diliRenle abeille Qui du butin des fleurs va composer son miel, Des sottises du temps Je compose mon fiel.

Voyez encore l'emploi pathétique el frcs-roniarcpiablc qu'Kinipidc a l'ail de celle comparaison dans Vllcrc. fur. 'i87.

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