‹ PoésiesChapitre 191 sur 341 · LIVRE II - LYCOKIS · texte numérisé non relu

LIVRE II - LYCOKIS

Je presse mollement des membres délicats, Mille fraîches beautés que partout j'environne ; Je les tiens, les soulève, et murmure et bouillonne. 50 Mais surtout, Lycoris, Protée insidieux, Partout autour de toi je veille, j'ai des yeux. Partout, sylphe ou zéphyr, invisible et rapide, Je te vois. Si ton cœur complaisant et perfide Livre à d'autres baisers une infidèle main, 55

Je suis là. C'est moi seul dont le transport soudain, Agitant tes rideaux ou ta porte secrète. Par un bruit imprévu t'épouvante et t'arrête. C'est moi, remords jaloux, qui rappelle en ton cœur Mon nom et tes serments et ma juste fureur. 60

Mais périsse lamant que satisfait la crainte ! Périsse la beauté qui m'aime par contrainte, Qui voit dans ses serments une pénible loi, Et n'a point de plaisir à me garder sa foi !

V. 5t. Le Protée de la Fable, que Virgile, Georg. IV, 441, dépeint en deux vers. V. 53. Voyez l'épigramme anonyme citée au vers 37. — Parny, Poés. érot. I, x :

Souvent du zéphyr le plus doux

Je prendrai l'haleine insensible; etc.

On trouve encore dans V Anthologie grecque d'autres épigramnies sur le même sujet ; une entre autres, trésor peu considérable, que pourtant se disputent Anacréon, AIcte, Sapplio et Praxile de Sicyone selon Brunck {Anal. I, p. 158) :

Eï'ôc Xûpa xaXr) "cîvoijiviv èXeçavTÎvri, x. x. ),. Cf. Nonnus, Dionjs. XV, 257. — Ovide, Am. II, XV, i), souhaite d'être l'anneau qui va orner le doigt de sa maîtresse. Longus , dans son roman quelquefois prétentieux {Dap/t. et Citl. I,XIV), n'a pas manqué de mettre ce souhait dans la bouche de Chloé, qui en cet endroit semble plus savante en amour que ne doit l'être une jeune vierge : « EfÔ' aÙTOÛ (jijpt'fç £Y£v6jjLr|V, tv' o|j.i:v£yi [loi* eTô' ac'?, W u7t' èxefvoy vsjjiojfjLai. » Cf. Goethe, l'Amoureux sous mille formes; Shakespeare, Sonnet V. V. 50. Éd. 182C et 1839 :

Je suis là. C'est moi seul qui, tl'uu transport soiidiiln.

Souvent le malheureux songe à quitter la vie ;

L'espérance crédule à vivre le convie.

Le soldat sous la tente espère, avec la paix,

Le repos, les chansons, les danses, les banquets.

(Gémissant sur le soc, le laboureur d'avance

Voit ses guérets chargés d'une heureuse abondance.

Moi, l'espérance amie est bien loin de mon cœur.

Tout se couvre à mes yeux d'un voile de langueur ;

Des jours amers, des nuits plus amères encore.

Chaque instant est trempé du fiel qui me dévore ;

Et je trouve partout mon âme et mes douleurs.

Le nom de Lycoris, et la honte et les pleurs.

ingrate Lycoris ! à feindre accoutumée,

Avez-vous pu trahir qui vous a tant aimée ?

Âvez-vous pu trouver un passe-temps si doux

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