L[VRE II — CAMILLE
De ses bras, de ses mains, le transparent ivoire. (>o
Mais si jamais, sans voile et les cheveux épars. Elle a rassasié ma flamme et mes regards, Elle me fait chanter, amoureuse Ménade, Des combats de Paphos une longue Iliade ; Et si de mes projets le vol s'est abaissé, 65
A la lyre d'Homère ils n'ont point renoncé. Mais en la dépouillant de ses cordes guerrières. Ma main n'a su garder que les cordes moins fières Qui chantèrent Hélène et les joyeux larcins, Et l'heureuse Corcyre, amante des festins. 7o
Mes chansons à Camille ont été séduisantes. Heureux qui ])eut trouver des Muses complaisantes, Dont la voix sollicite et mène à ses désirs Tue jeune beauté qu'appelaient ses soupirs ! Hier, entre ses bras, sur sa lèvre fidèle, 75
J'ai surpris quelques vers que j'avais faits pour elle.
V. 64. C'est-à-dire : Elle me t'ait chanter une suite de combats amoureux aussi nombreux et aussi héroïques que les combats qui remplissent l'Iliade. [Les Grecs ont le proverbe IXiàç xaxwv , et les Latins l'ont quelquefois employé. Ovide, Pontlques, II, VII :
Qua tibi si memori coner perscribere vcrsu , llias est fatis longa futura meis.
La Fontaine, dans une lettre à l'abbé Vergier : « Vous conterez, s'il vous plaît, à la compagnie l'iliade de mes malheurs. » Boissonade.] Properce , dans les vers cités ci-dessus, multiplie encore la force de la pensée par le pluriel. Plutarque, Conjug. Prxcept. 21, a employé cette même expression ainsi : ^ 'O 6è èxeîvwv ('EXévYiç nâpiôôç t' à Y(X[io;) 'IXiàSa xaxôJv "EXXyi<7i xal pap6(xpoii; £7ioÎYi<r£v. » V. G7. Éd. 1826 et 1839 :
Non : en la dépouillant de ses cordes guerrières. V. 68. Anacréon, XLVII :
AÔT£ jAoi Xûpïiv 'O(xyipou , cfovîr,; âv£v6$ yoçÔTiC,.
H N'a su garder. » hnersion qu'a nécessitée la mesure du vers. André dit n'a su garder pour a su ne garder.
V. 70. « Corcyre. » C'est la Phéacie d'Homère; voy. Odjss. VI, VII.
Et sa houche, au moment que je l'allais quitter,
M'a dit : « Tes vers sont doux, j'aime à les répéter. »
Si cette voix eût dit même chose à V irgile,
Abel, dans ses hameaux il eût chanté Camille , 80
N'eût point cherché la palme au sommet d'Hélicon,
Et le glaive d'Enée eût épargné T)idon.
Et c'est (ilycère, amis, chez qui la table est prête?
Et la belle Amélie est aussi de la fête ?
Et Rose, qui jamais ne lasse les désirs.
Et dont la danse molle aiguillonne aux plaisirs ?
Et sa sœur aux accents de la voix la plus rare 5
Unira, dites-vous, les sons de la guitare ?
Et nous aurons Julie, au rire étincelant,
Au sein plus que l'albâtre et solide et brillant ?
Certe, en pareille fête autrefois je l'ai vue.
Ses longs cheveux épars, courante, demi-nue : 10
En ses bruyantes nuits Cithéron n'a jamais
Vu Ménade plus belle errer dans ses forêts.
J'y consens. Avec vous je suis prêt à m'y rendre.
Allons. Mais si Camille, ô dieux! vient à l'apprendre!
V. 79-82. Voici la même pensée dans Ronsard, Àni. 1, lxxxvi :
Si l'écrivain de la gréjçcnise armée Eust veu tes yeux qui serf me tiennent pris, Les faits de Mars il n'eust jamais empris, Et le duc grec fust mort sans renommée.
V. 82. On sait que Didon se tua avec le glaive d'Enée; \oyez Virgile, Eu. IV, 507.