‹ PoésiesChapitre 221 sur 341 · LIVRE II — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II — CAMILLE

Elle est tendre; elle a peur de pleurer votre absence. Fidèle, peu d'amants attaquent sa constance ; Et son égale humeur, sa facile gaîté, L'habitude, à son front tiennent lieu de beauté, 40

3Iais celle qui partout fait conquête nouvelle. Celle qu'on ne voit point sans dire : « Qu'elle est belle ! » Insulte, en son triomphe, aux soupirs de l'amour. Souveraine au milieu d'une tremblante cour. Dans son léger caprice inégale et soudaine, 45

Tendre et douce aujourd'hui, demain froide et hautaine, Si quelqu'un se dérobe à ses enchantements, Qu'est-ce enfin qu'un de moins dans un peuple d'amants? On brigue ses regards, elle s'aime et s'admire, Et ne connaît d'amour que celui qu'elle inspire. 50

Allons, l'heure est venue, allons trouver Camille. Elle me suit partout. Je dormais, seul, tranquille ;

Voici quelques vers qui se rapportent à la même pensée, André n'eût pu dire mieu\ ni dans un plus grand style :

Aimer en trop haut lieu une dame hautaine ,

C'est aimer en soucy le travail et la peine ;

C'est nourrir son amour de respect et de soin.

Je suis saoul de servir le chapeau dans le poing ,

Et fuy plus que la mort l'amour d'une grand'dame.

Toujours, comme un forçat, il faut être à la rame,

Naviguer jour et nuit, et sans profit aucun,

Porter tout seul le faix de ce plaisir commun. V. 48. Ed. 1826 et 1839:

Qu'est-ce alors qu'un de moins dans un peuple d'amants ? V. 49. Éd. 1826 et 1839 :

On brigue ses regards, elle s'aime , s'admire. Siqiprinier la conjonction, c'est ne pas connaître le style d'André.

Un songe me l'amène, et mon sommeil s'enfuit.

Je la voyais en songe au milieu de la nuit;

Elle allait me cherchant sur sa couche fidèle, 5

Et me tendait les bras et m'appelait près d'elle.

Les songes ne sont point capricieux et vains ;

Ils ne vont point tromper les esprits des Immains.

De l'Olympe souvent un songe est la réponse ;

Dans tous ceux des amants la vérité s'annonce. lo

Quel air suave et frais ! le beau ciel ! le beau jour !

Les dieux me le gardaient; il est fait pour l'amour.

Quel charme de trouver la beauté paresseuse,

De venir visiter sa couche matineuse,

De venir la surprendre au moment que ses yeux 15

S'efforcent de s'ouvrir à la clarté des cieux.

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