‹ PoésiesChapitre 227 sur 341 · LIVRE II— CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II— CAMILLE

Et tu sers aux plaisirs d'un rival qui m'opprime ! Tu peux, fausse comme elle et comme elle sans foi, Etre encor pour autrui ce que tu fus pour moi, 20

Montrant à d'autres yeux, que tu guides sur elle, ('ombien elle est perfide et combien elle est belle !

— Poète malheureux, de quoi m'accuses-tu ?

Pour te la conserver j'ai fait ce que j'ai pu.

Mes yeux dans ses forfaits même ont su la poursuivre, 25

Tant que ses soins jaloux me permirent de vivre.

Hier, elle semblait en efforts languissants

Avoir peine à traîner ses pas et ses accents.

Le jour venait de fuir, je commençais à luire ;

Sa couche la reçut, et je l'ouïs te dire 30

Que de son corps souffrant les débiles langueurs

D'un sommeil long et chaste imploraient les douceurs.

Tu l'embrasses, tu pars, tu la vois endormie.

A peine tu sortais, que cette porte amie

S'ouvre : un front jeune et blond se présente, et je vois 35

Un amant aperçu pour la première fois.

Elle alors d'une voix tremblante et favorable

Lui disait : « Non, partez; non, je suis trop coupable. »

Elle parlait ainsi, mais lui tendait les bras.

Le jeune homme près d'elle arrivait pas à pas. 40

Alors je vis s'unir ces deux bouches perfides.

V. 41 et suiv. Argentarius , Jnal. II, p. 267, IV, a retracé le même voluptueux tableau ; l'idée de la lampe s'y ajoute à la fin •

Itspva Ttôpi CTxépvoïc, (xaffTw o im (xasTÔv èpetcra;,

ye'ùta os. ^Xuicepoïi; y^zileai <T'u|j.Tii£ffaç l\vTiYÔvri;, xal XP'^'^* paXwv upô; )(pwTa, rà lomà.

T.yw, |Aàpxu; es' oi: Ixiyyo^ ÈTiîypâçsTo.

Je vis de ses beaux flancs l'albâtre ardent et pur,

Lis, ébène, corail, roses, veines d'azur,

Telle enfin qu'autrefois tu me l'avais montrée,

De sa nudité seule embellie et parée, 45

Quand vos nuits s'envolaient, quand le mol oreiller

La vit sous tes baisers dormir et s'éveiller.

Et quand tes cris joyeux vantaient ma complaisance,

Et qu'elle, en souriant, maudissait ma présence.

En vain au dieu d'amour que je crus ton appui, 50

Je demandai la voix qu'il me donne aujourd'hui.

Je voulais reprocher tes pleurs à l'infidèle ;

Je l'aurais appelée ingrate, criminelle.

Du moins, pour réveiller dans leur profane sein

Le remords, la terreur, je m'agitai soudain, 5.5

Et je fis à grand bruit de la mèche brûlante

Jaillir en mille éclairs la flamme pétillante.

Elle pâlit, trembla, tourna sur moi les yeux,

Et, d'une voix mourante, elle dit : « Ah! grands dieux!

Faut-il, quand tes désirs font taire mes murmures, <io

Voir encor ce témoin qui compte mes parjures! »

Elle s'élance ; et lui, la serrant dans ses bras,

La retenait, disant : « I\on, non, ne l'éteins pas. »

Je cessai de brûler : suis mon exemple, cesse.

On aime un autre amant, aime une autre maîtresse : 65

Souffle sur ton amour, ami, si tu me croi,

Ainsi que pour m'éteindre elle a soufflé sur moi.

V. 45. C'est ainsi que Milton nous montre Kvi', : « Undeck'd save with lierseit'. » V. ()5. Même opposition de pensée dans Catulle, VIII :

\iinc jam illa non vult : fu (inoqiie, impotoiis, tioli.

Page 1