‹ PoésiesChapitre 25 sur 341 · V. 59. Éd · texte numérisé non relu

V. 59. Éd

Il me semble vous voir ; vous êtes beaux, tous trois,

Vous croîtrez, comme lui, grands, féconds, révérés,

Puisque les malheureux sont par vous honorés.

Le plus âgé de vous aura vu treize années :

A peine, mes enfants, vos mères étaient nées, 70

Que j'étais presque vieux. Assieds-toi près de moi,

Toi, le plus grand de tous; je me confie à toi.

Prends soin du vieil aveugle. — O sage magnnnime !

Comment, et d'où viens-tu? car l'onde maritime

Mugit de toutes parts sur nos bords orageux. 75

— Des maichands de Cymé m'avaient pris avec eux. J'allais voir, m'éloignant des rives de Carie,

Si la Grèce pour moi n'aurait point de patrie. Et des dieux moins jaloux, et dé moins tristes jours ; Car jusques à la mort nous espérons toujours. 80

Mais, pauvre et n'ayant rien pour payer mon passage, Ils m'ont, je ne sais où, jeté sur le rivage.

— Harmonieux vieillard, tu n'as donc point chanté ? Quelques sons de ta voix auraient tout acheté.

V. C9. L'aveugle , qui ne peut juger qu'approximativement , veut dire qu'il lui semble que, dans un temps qui n'est pas loin, le plus âgé aura vu treize années. L'éditeur de 1826 n'a rien compris à ce vers et a mis :

Le plus rtgé de vous aura vu cent années.

V, 74. Nausicaa dit à Ulysse {Odyssée, VI, 204) :

Otxéo[Ji£v S' àTtàveuÔE, iïoXuxWctxo) èvl hôvtw, 'i<5'f%XQ\, oùSé Tiç â[Ji.(xi ppoTwv ÈTiiiJLta'YETai âXXo;. •

Millevoye a souligné le mol maritime, le blâmant sans doute. André lui-méinr, dans la Jeune Tarentinc, a dit la vague marine. Ici il emploie » maritime >^ comme synonyme de « marine » ; ce que faisaient les Latins. Cicéron, ilc Nat. Deor. 11, 7, appelle les marées : ^stus marilimi.

V. 70. Cymc, colonie éoiienne, sur la cote de l'Asie Mineure; patrie d'Hésiode et d'Lpliorus (Strabon, Xlll, m, (î). Klie se vantait d'avoir donné le jour à Homère, et pourtant Homère y lut perséeiilé. Voy. Hom. £/>. aux Cymce/is.

PETITS POËiMES H

— Enfants ! du rossignol la voix pure et légère 85

>'a jamais apaisé le vautour sanguinaire, Et les riches, grossiers, avares, insolents. N'ont pas une âme ouverte à sentir les talents. Guidé par ce bâton, sur l'arène glissante, Seul, en silence, au bord de l'onde mugissante, 90

J'allais, et j'écoutais le bêlement lointain De troupeaux agitant leurs sonnettes d'airain. Puis j'ai pris cette lyre, et les cordes mobiles Ont encor résonné sous mes vieux doigts débiles. Je voulais des grands dieux implorer la bonté, 95

Et surtout Jupiter, dieu d'hospitalité ,

V. 85. Allusion à une fable racontée par Hésiode, Op. et dies , 202, dans laquelle le poète semble se comparer au rossignol déchiré par l'épervier.

V. 88. Ici la prép. à signifie de façon à (wçte, wç avec l'infinitif). Pascal, Pensées, IV, m, a dit : « Cela ouvre les jeux à voir partout le caractère de cette

vérité. .. — Éd. 1826 :

N'ont pas une àme ouverte ù la douceur des chants.

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