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A FAN IN Y

Mai de moins de roses, l'automne

De moins de pampres se couronne,

Moins d'épis flottent en moissons.

Que sur mes lèvres, sur ma lyre,

Fanny, tes regards, ton sourire, 5

Ne font éclore de chansons.

Les secrets pensei'S de mon âme

Sortent en paroles de flamme,

A ton nom doucement émus :

Ainsi la nacre industrieuse lO

Jette sa perle précieuse,

Honneur des sultanes d'Ormuz.

1)1. — V. 1 et siiiv. Ronsard, Am. H, Chanson:

Le printemps n'a point tant de fleurs, L'automne tant de raisins meurs,.. . .

Que je porte au cœur, ma maîtresse.

Pour vous de peine et de tristesse.

Ainsi sur son marier fertile Le ver de Catliay mêle et file

Sa trame étincelante d'or. 15

Viens, mes Muses pour ta parure De leur soie immortelle et pure Versent un plus riche trésor.

Les perles de la poésie

Forment sous leurs doigts d'ambroisie 20

D'un collier le brillant contour.

Viens, Fanny : que ma main suspende

Sur ton sein cette noble offrande...

V. 14. Catliay, ancien nom de la Chine; c'est celui qu'emploie Thomson. V. 20. « Doigts d'ambroisie, » doigis divins ; c'est Vambrosias des Latins. V. 23. M. Sainte-Beuve, Poiir. litt., adonné deux vers qui, tous deux, pourraient terminer cette pièce :

Tes bras sont le collier d'amour.

Ton sein est le trône d'amour.

M. Boissouade, dans ses Notes manuscrites, propose celui-ci :

Qu'envierait la mère d'Amour.

Mais voici un passage de Malherbe, p. 25, annoté par .\ndré : Et quel indique séjour Une perle fera naître, D'assez de lustre pour être Jm marque d'un si beau jour.

[Image moderne (dit André), riche et belle et poétique. Cela donne à nos beaux poèmes une physionomie française; ils n'ont plus l'air de traductions des anciens. Cette image remplace le « Crcssa ne careat pulchra dies nota. » — L'image des quatre derniers vers (ajoute-t-il plus tard) n'est point moderne, comme je l'avais cru. La voilà dans Martial, X, xxxviii :

() nox omnis, et liora, quse notala est Caris liltoris Indici lupillis.

Ce qui ne diminue pas du tout le mérite de Malherbe.] — Cette note peut mettre sur la trace de la pensée d'André ; et il nous semble (|u'on poui-rait terminer cette strophe ainsi :

Les perles de la poésie

Forment sous leurs doigts d'ambroisie

D'un collier le brillant contour.

Viens, Fanny, que ma main suspende

Sur ton sein cette noble offrande,

Tendre marque d'\n\ si beau jour.

LIVHE III — FANNY 281

J'ai vu sur d'autres yeux, qu'amour faisait sourire,

Ses doux regards s'attendrir et pleurer. Et du miel le plus doux que sa bouche respire Un autre s'enivrer.

Et quand sur mon visage un trouble involontaire 5

Exprimait le dépit de mon cœur agité.

Un, coup d'œil caressant, furtivement jeté, Tempérait dans mon sein cette souffrance amère.

Ah ! dans le fond de ses forêts.

Le ramier, déchiré de traits, lO

Gémit au moins sans se contraindre ;

Et le fugitif Actéon,

Percé par les traits d'Orion,

Peut l'accuser et peut se plaindre.

IV. — V. 12 et 14. Actéon, ayant surpris Diane au bain, lut changé en cerf et déchiré par ses chiens; voy. Nonnus, Dionys. V, 287 ; Ovide, Mél. III, 131. — Orion fut tué par Diane ; il est célèbre par sa beauté et par l'amour que l'Aurore conçut pour lui. Voy. Odyssée, V, 121 ; Schol. Thcoc. VII, 54 ; Apoll. I, IV ; ManiUus, Astr. I, 383 ; Diodore, IV, lxxxv. Il ne faut pas prendre au propre ce qu'André dit ici au figuré, ni voidoir y trouver un fait de mythologie, qui serait inexact ; et c'est pour cela que nous avons multiplié les références. Il veut dire : Et le fugitif cerf (un Actéon), percé par les traits d'un chasseur (d'un Orion), etc. Mais il faudrait un déterminatif (pronom, article défini ou indéfini), comme dans La Fontaine, Fab. VI, xviii :

Le Phaéton d'une voiture à foin.

Et Fab. VII, XIII :

Plus d'une Hélène au beau plumage.

C'est une faute que nous avons déjà relevée dans les Poésies antiques, Elcg. V, 12.

i282 ÉLÉGIES

A lANÎW

Kanny, l'iieureux mortel qui près de toi respire Sait, à te voir parler et rougir et sourire, De quels liotes divins le ciel est habité. La grâce, la candein^ la naïve innocence

Ont, depuis ton enfance , â

De tout ce qui peut plaire enrichi ta beauté.

Sur tes traits, où ton Ame imprime sa noblesse,

Elles ont su mêler aux roses de jeunesse

Ces roses de pudeur, charmes plus séduisants,

Et remplir tes regards, tes lèvres, ton langage, 10

De ce miel dont le sage Cherche lui-même en vain à défendre ses sens.

Oh ! que n'ai-je moi seul tout l'éclat et la gloire Que donnent les talents, la beauté, la victoire,

V. — V. 1. C\'st le di'hiil lie l'ode célèljie de Sappho (Loiigin, de Sitht, VUI); <I>a{v£Ta( (/.oi XYJvo; t'ao; OeoIctiv ë[j.[j,£v côvrip, ôatt; èvavTio; toi ioSàvet, xai Tt/acrtov àoù çwvâ-

aat <j' {iTtaxovsi, xai yeXàï; l|jL£p6£v, t6 jxoi' [làv xapoîav èv (sxrfizaa ittioauv/ .

La liHdiK'tioii de Calnlle, 1>I, est trop célèbre pour ne pas èlie eilée iei : lllc p;ir esse dco vidclur, lUi', si /as tst, supcrare divos.

Qui sedens advcrsus ileiitidi'iu le

Spcctat et audit Diilcc ridi-ritcni, misero quod oiniics

Eripit sciisus iiiilii

VA. Ronsard, .//«. Il, Cluin.wn ; Mallieibe, p. l i!l.

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