‹ PoésiesChapitre 270 sur 341 · V. 78. Voyez la nif^me pensée, Elégies. I, xiv · texte numérisé non relu

V. 78. Voyez la nif^me pensée, Elégies. I, xiv

Castor charme les dieux, et son frère l'inspire;

Loin de Patrocle, Achille aurait hrisé sa lyre;

C'est près de Pollion, dans les bras de V'arus, n^

Que Virgile envia le destin de Nisus.

Que dis-je? ils t'ont transmis ce feu qui les domine.

TS'ai-je pas vu ta muse au tombeau de Racine,

Le Brun, faire gémir la lyre de douleurs

Que jadis Simonide anima de ses pleurs? 100

Et toi, dont le génie, amant de la retraite,

Et des leçons d'Ascra studieux interprète.

Accompagnant l'année en ses douze palais.

Étale sa richesse et ses vastes bienfaits ;

Brazais, que de tes chants mon âme est pénétrée, 105

Quand ils vont couronner cette vierge adorée.

Dont par la main du temps l'empire est respecté,

Et de qui la vieillesse augmente la beauté !

L'homme insensible et froid en vaui s'attache à peindre

Ces sentiments du cœur que l'esprit ne peut feindre ; J 10

De ses tableaux fardés les frivoles appas

V. 93. L'amitié de Castor et de Polliix est célèbre. Après la mort de Castor, tué par Lyucée, PoUux (immortel parce (pi'il était lils de Jupiter) obtint de partager son immortalité avec son IVère; voy. Apollodore, III, XI ; Homère, Odjss. XI, 298.

V. 9G. Pollion et Varus, amis de Virgile, que le poète a célébrés dans ses églogues. Voy. l'épisode de Nisus, Enéide, IX.

V. 98. Fils de l'auteur du poëme de /a /îe//^/ort et pelit-fils du grand Racine. Il mourut à Cadix, lors du désastre qui détruisit Lisbonne et (pii ébranla toute la cote (le Portugal et d'Espagne. (Noie d'Indre Ciuhiicr.)

v. 100. Simonide, en ell'et, excellait, comme le dit André, à l'aire gémir la lyre de douleurs ; voy. Jnlli. Grotii, I, til. LXVII, èp. x et XI ; dans la seconde de ces épigrammes, on lui donne l'épithète de yiôu(JL£Xi^66YYOî-

V. 102. « D'Ascra » répond à l'adjectif latin Ascrœus. Virgile, Géorg. II, 17() : Ascrxumqiu- caiio llomanu per oppida c-armen. Ascra, ville de Béotie, près de Tliespies, patrie d'Hésiode, comme le dit Strabon, IX, U, 25, citant le propre; témoignage d'Hésiode, Op. et dies, 639. Cf. Lil. Gyrald. de Pocl. iàst. il.

V. 10(). hrigone, qui se |)endit de désespoir après la mort de son père. (Hyg. 130).

-N'iront jamais au cœur dont ils ne viennent pas. Eh ! comment me tracer une image fidèle Des traits dont votre main ignore le modèle ? Mais celui qui, dans soi descendant en secret, lis

Le contemple vivant, ce modèle parfait, C'est lui qui nous enflamme au feu qui le dévore ; Lui qui fait adorer la vertu qu'il adore ; Lui qui trace, en un vers des Muses agréé, Un sentiment profond que son cœur a créé. 120

Aimer, sentir, c'est là cette ivresse vantée Qu'aux célestes foyers déroba Prométhée.

(-alliope jamais daigna-t-elle enflammer Un cœur inaccessible à la douceur d'aimer ? ^on : l'amour, l'amitié, la sublime harmonie, )25

Tous ces dons précieux n'ont qu'un même génie ; Même souffle anima le poète charmant, L'ami religieux et le parfait amant ; Ce sont toutes vertus d'une âme grande et hère. Bavius et Zoïle, et Gacon et Linière, 130

Aux concerts d'Apollon ne furent point admis. Vécurent sans maîtresse, et n'eurent point d'amis.

Et ceux qui, par leurs mœurs dignes de plus d'estime, !\e sont point nés pourtant sous cet astre sublime. Voyez-les, dans des vers divins, délicieux, 135

Vous habiller l'amour d'un clinquant précieux ;

V. 130. Bavius, mauvais poëte latin; voy. Virgile, É^l. III, 90. — Zoi/e, le détracteur d'Homère (ô[j.rjpo(i.àaTt?) ; \oy. F ragm. Hist. Grxc. Didot, II, p. 86. — Gacon, poëte satirique français du dix-septième siècle, le détracteur scandaleux de Boileau et de J.-B. Rousseau. — Linière, poëte satirique du dix-septième siècle, l'ennemi déclaré de Chapelain (Boileau, Sat. IX); Boileau, Épit. VII, l'appelle le poëte idiot de Ssnlis.

Badinage insipide où leur ennui se joue.

Et qu'autant que l'amour le bon sens désavoue.

Voyez si d'une belle un jeune amant épris

A tressailli jamais en lisant leurs écrits ; 1 40

Si leurs lyres jamais, froides comme leurs âmes,

De la sainte amitié respirèrent les flammes.

O peuples de héros, exemples des mortels !

(Vest chez vous que l'encens fuma sur ses autels;

C'est aux temps glorieux des triomphes d'âthène, I4ô

Aux temps sanctifiés par la vertu romaine,

Quand lame de Lélie animait Scipion,

Quand Nicoclès mourait au sein de Phocion ;

C'est aux murs où Lycurgue a consacré sa vie.

Où les vertus étaient les lois de la patrie. i.so

O demi-dieux amis ! Atticus, Cicéron,

Caton, Brutus, Pompée, et Sulpice, et Varron !

Ces héros, dans le sein de leur ville perdue,

S'assemblaient pour pleurer la liberté vaincue.

Unis parla vertu, la gloire, le malheur, 1.^5

Les arts et l'amitié consolaient leur douleur.

Sans l'amitié, quel antre ou quel sable infertile

N'eût été pour le sage un désirable asile.

Quand du Tibre avili le sceptre ensanglanté

V. 147. Plutarqiie, An scni sit ger. resp.W\\\, dit qu'en toute occasion Scipion prenait conseil de Lélius, ce qui faisait dire que Lélius était le poète et Scipion l'acteur.

V. 148. Lorsque Phocion, condamné à mort par les ingrats Athéniens, lut au moment (le l)oire la ciguë, Nicoclès lui demanda comme dernière faveur de boire avant lui : IMiocion lui tendit la coupe. (Plutar(|ue, Phoc. XXXVI).

V. I.'il. (<orneille, ( iniia, \, m, emploie la même expression (|ii;ni(l il parle \^K ces famoiu proscrits, ces demi-dicus rnortcls. Sainl-l-aml)ert, Eté, appelle le sénat romain

Conseil de demi-dieux qu'adore l'univers. {■',l (liiitcrl, Snt. dix-neuvième siècle, s'est écrié :

Oncls driiii-dii'ii.r l'iifiii nos jours ont-ils vus n.iitre?

Armait la main du vice et la férocité ; 160

Quand d'un vrai citoyen Téclat et le courage

Réveillaient du tyran la soupçonneuse rage ;

Quand l'exil, la prison, le vol, l'assassinat,

Etaient pour l'apaiser l'offrande du sénat?

Thraséa, Soranus, Sénécion, Rustique, 165

Vous tous, dignes enfants de la patrie antique,

Je vous vois tous amis, entourés de bourreaux,

Braver du scélérat les indignes faisceaux,

Du lâche délateur l'impudente richesse,

Et du vil affranchi l'orgueilleuse bassesse. 170

Je vous vois, au milieu des crimes, des noirceurs.

Garder une patrie et des lois et des mœurs ;

Traverser d'un pied sur, sans tache, sans souillure,

Les flots contagieux de cette mer impure ;

Nous créer, au flambeau de vos mâles aïeux, 175

Sur ce monde profane un monde vertueux.

Oh ! viens rendre à leurs noms nos âmes attentives, Amitié ! de leur gloire ennoblis nos archives. Viens, viens : que nos climats, par ton souffle épurés, Enfantent des rivaux à ces hommes sacrés. 180

Rends-nous hommes comme eux. Fais sur la France heureuse Descendre des Vertus la troupe radieuse. De ces fdles du ciel qui naissent dans ton sein. Et toutes sur tes pas se tiennent par la main.

V. 175. André a transporté cette belle pensée dans VHermès, en la généralisant :

La pairie, au milieu des embûches, des traîtres,

Remonte en sa mémoire, a recours aux ancêtres,

Cliercliece qu'ils feraient en un dançer pareil,

Et des siècles vieillis assemble le conseil. Et le flambeau des mdles aïeux n'est-ce pas cette clarté que, dans une note de VHermès, il compare à la qnene étinrelante des comètes.''

Ranime les beaux-arts, éveille leur génie, 185

Chasse de leur empire et la haine et l'envie :

Loin de toi dans l'opprobre ils meurent avilis ;

Pour conserver leur trône ils doivent être unis.

Alors de l'univers ils forcent les hommages :

Tout, jusqu'à Plutus même, encense leurs images ; 190

Tout devient juste alors ; et le peuple et les grands.

Quand l'homme est respectable, honorent les talents.

Ainsi l'on vit les Grecs prôner d'un même zèle

La gloire d'Alexandre et la gloire d'Apelle ;

La main de Phidias créa des immortels, 195

Et Smyrne à son Homère éleva des autels.

INous, amis, cependant, de qui la noble audace

Veut atteindre aux lauriers de l'antique Parnasse,

Au rang de ces grands noms nous pouvons être admis.

Soyons cités comme eux entre les vrais amis ; 200

Qu'au delà du trépas notre âme mutuelle

Vive et respire encor sur la lyre immortelle;

Que nos noms soient sacrés; que nos chants glorieux

Soient pour tous les amis un code précieux ;

Qu'ils trouvent dans nos vers leur âme et leurs pensées ; 205

Qu'ils raniment encor nos muses éclipsées ,

Et qu'en nous imitant ils s'attendent un jour

D'être chez leurs neveux imités à leur tour.

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