V. (Ui. Ëd
D'adoicr les luriif Sœurs, et toiijoius, après boire.
A LE BHUN 315
— Oli! je m'en fie à vous. — Hélas ! trop, je vous jure.
— Combien de chants de ftiits ? — Pas un, je vous assure.
— Comment? — Vous avez vu sous la main d'un fondeur Ensemble se former, diverses en grandeur, 80 Trente cloches d'airain, rivales du tonnerre?
Il achève leur moule enseveli sous terre.
Puis, par un long canal en rameaux divisé,
Y fait couler les flots de l'airain embrasé ;
Si bien qu'au même instant, cloches, petite et grande, 85
Sont prêtes, et chacune attend et ne demande
Qu'à sonner quelque mort, et du haut d'une tour
Réveiller la paroisse à la pointe du jour.
Moi, je suis ce fondeur : de mes écrits en foule
Je prépare longtemps et la forme et le moule, 90
Puis sur tous à la fois je fais couler l'airain.
Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait demain. »
Ami, Phœbus ainsi me verse ses largesses. Souvent des vieux auteurs j'envahis les richesses.
V. di. Notis ne pouvons résister au désir de mettre ici, en regard des vers d'André, les beaux vers de La Fontaine, Epitre à Mgr. l'évêque de Soissons :
Quelques imitateurs, sot bétail, Je l'avoue.
Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue.
J'en use d'autre sorte; et me laissant guider,
Souvent à marcher seul j'ose me hasarder.
On me verra toujours pratiquer cet usage.
Mon imitation n'est point un esclavage :
Je ne prends que l'idée, et les tours et les lois
Que nos maîtres suivaient eux-mêmes autrefois.
Si d'ailleurs quelqu'endroit plein chez eux d'excellence
Peut entrer dans mes vers sans nulle violence.
Je l'y transporte, et veux qu'il n'ait rien d'affecté,
Tâchant de rendre mien cet air d'antiquité.
Je vois avec douleur ces routes méprisées :
Arts et guides, tout est dans les champs Élysées.
J'ai beau les évoquer, j'ai beau vanter leurs traits,
On me laisse tout seul admirer leurs attraits.
Térence est dans mes mains ; je m'instruis dans Horace ;
Homère et son rival sont mes dieux du Parnasse. On le voit, le même génie anime La Fontaine et Chénier. Dans cette épilie , tout ce
Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux, 9>
M'embrasent de leur flamme, et je crée avec eux.
Un juge sourcilleux, épiant mes ouvrages.
Tout à coup à grands cris dénonce vingt passages
Traduits de tel auteur qu'il nomme; et, les trouvant.
Il s'admire et se plaît de se voir si savant. lOo
Que ne vient-il vers moi? je lui ferai connaître
Mille de mes larcins qu'il ignore peut-être.
Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l'instant
La couture invisible et qui va serpentant
Pour joindre à mon étoffe une pourpre étrangère. 105
Je lui montrerai l'art ignoré du vulgaire
De séparer aux yeux, en suivant leur lien.
Tous ces métaux unis dont j'ai formé le mien.
Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave,
Tout ce que des Toscans la voix fière et suave, iio
Tout ce que les Romains, ces rois de l'univers.
M'offraient d'or et de soie, est passé dans mes vers.
.le m'abreuve surtout des flots que le Permesse
Plus féconds et plus purs fit couler dans la Grèce ;
Là, Prométhée ardent, je dérobe les feux 115
Dont j'anime l'argile et dont je fais des dieux.
Tantôt chez un auteur j'adopte une pensée.
Mais qui revêt, chez moi souvent entrelacée,
dernier passage est d'une beauté incomparable ; André s'y place an premier rang des écrivains. Nous n'avons que rarement laissé percer notre admiration, voulant toujours laisser libre celle du lecteur; mais ici nous ne pouvons négliger le témoignage d«" M. Hoissonade, qui, dans ses notes manuscrites, s'éciie : <( Que toute cette page est belle! »
V, 105. C'est l'expression d'Horace, Art poèt. \{t : Piirpureus, liitc qui splcndc.it, uiiiis et .iltcr
Assiiiliir p;inniis ;
V. 1 10. André pouvait dire comme La Fontaine dans VEpiIre à il/^v tic Soissons : .l'eu lis qui sont ilii nord et qui sont du midi.
Mes images, mes tours, jeune et frais ornement ; Tantôt je ne retiens que les mots seulement ; 120
.l'en détourne le sens, et l'art sait les contraindre \ ers des objets nouveaux qu'ils s'étonnent de peindre. La prose plus souvent vient subir d'autres lois, Et se transforme, et fuit mes poétiques doigts ; De rimes couronnée, et légère et dansante, 125
En nombres mesurés elle s'agite et chante. Des antiques vergers ces rameaux empruntés Croissent sur mon terrain mollement transplantés; Aux troncs de mon verger ma main avec adresse Les attache, et bientôt même écorce les presse. 130
De ce mélange heureux l'insensible douceur Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur. Dévot adorateur de ces maîtres antiques. Je veux m'envelopper de leurs saintes reliques. Dans leur triomphe admis, je veux le partager, 135
Ou bien de ma défense eux-mêmes les charger. Le critique imprudent, qui se croit bien habile. Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile. Et ceci (tu peux voir si j'observe ma loi), Montaigne, il t'en souvient, l'avait dit avant moi. i40
V, 140. Montaigne, Essais, II, X : >< Ez raisons, comparaisons, arguments, si i'en transplante quelqu'un en mon solage, et confonds aux miens; à escient i'en cache l'auteur, pour tenir en bride la témérité de ces sentences hastifves qui se iectent sur toute sorte d'escripts, notamment ieunes escripts , d'hommes encore vivants, et en vulgaire, qui receoit tout le monde à en parler, et qui semble convaincre la concej)tionet le dessein vulgaire de mesme : ie veulx qu'ils donnent une nazarde à Plutarque sur mon nez, et qu'ils s'eschauldent à iuiurier Seneque en moy. » D'ailleurs, comme le disait Térence aux Romains dans le prologue de V Eunuque :
Nullum est jam dicturo, quod non dictum sit prius. Les anciens n'ont-ils pas emprunté à la nature elle-même ce que nous leur empruntons? C'est La Fontaine, Ep. au prince de Conti, qui l'a observé :
Je ne vous dis ici que ce qu'a dit Voiture.
L'ami de Mécénas, Horace, dans ses sons,
31S ÉPITKES