AU MARQUIS DE RRAZAIS
Qui ? moi ? moi de Phœbiis te dicter les leçons ?
Moi, dans l'ombre ignoré, moi que ses nourrissons
Pour émule aujourd'hui désavoùraient peut-être ?
Dans ce bel art des vers je n'ai point eu de maître :
Il n'en est point, ami. Les poètes vantés, 5
Sans cesse avec transport lus, relus, médités;
Les dieux, l'homme, le ciel, la nature sacrée
Sans cesse étudiée, admirée, adorée.
Voilà nos maîtres saints, nos guides éclatants.
A peine avais-je vu luire seize printemps, lo
Aimant déjà la paix d'un studieux asile,
Ne connaissant personne, inconnu, seul, tranquille,
Ma voix liumble à l'écart essayait des concerts ;
L'avoit dit devant lui; devant lUX la nature L'avoit fait dire en cent façons.
Au surplus, le vrai est toujours vrai ; dire uue chose vraie après (raulres n'est pas
imiter. La ih-uyère, de r Esprit, le remarque très-justement : « Horace ou Desprèaux
l'a dit avant vous, je le crois sur votre parole, mais je l'ai dit comme mien. Ne puis-je
pas penser après eux une chose vraie, et que d'autres encore penseront après moi.^ ■>
V. — Y. 5-9. Sans citer ici Horace, que nous retrouverons dans le poënie de
Vliiventiun, nous rappellerons le passage de Claudien, IV Cous, d' Hoiior'ius, 395, où
Théodose dit à son lils :
Inlerea Musis, animus duiu uiollior, insta,
Et, quae mox imitare, legas ; née desinat unquani
Teeum graia loqni, teeum roniana velustas.
\a\ Konlaiiif, Iradiiisaul deux vers d'un poète laliu :
Je puiserai pour vous eliez les vieux t'crivains. Éeoutcz Seulement leurs chapitres divins : Soyc/.-leur attentif, même aux ehoses légcVes ; Rien chez eux n'est l(^gcr
lîoili'aii, Àii jxx't. II, on parlant de Théocrile et de Virgile :
(Jue leurs tendres éerils, par les Grâces dictés, Ni' (|uittenl point vos mains, Jour et nuit feuilletés.