‹ PoésiesChapitre 288 sur 341 · Livre en dépôt sacré, pour les âges nouveaux · texte numérisé non relu

Livre en dépôt sacré, pour les âges nouveaux

Nos âmes et nos mœurs fidèlement gardées ;

Et l'œil sait reconnaître une forme aux idées. 65

Dès lors des grands aïeux les travaux, les vertus

Ne sont point pour leurs fils des exemples perdus.

Pube tenus; postreraa immnni corporc pistrix : Delphinum raudas utero commissa luporum.

Le passé du présent est l'arbitre et le père,

Le conduit par la main, Fencourage, l'éclairé.

Les aïeux, les enfants, les arrière-neveux, 70

Tous sont du même temps, ils ont les mêmes vœux.

La patrie au milieu des embûches, des traîtres.

Remonte en sa mémoire, a recours aux ancêtres,

Cherche ce qu'ils feraient en un danger pareil.

Et des siècles vieillis assemble le conseil. 75

Chassez de vos autels, juges vains et frivoles.

Ces héros conquérants, meurtrières idoles.

Tous ces grands noms, enfants des crimes, des malheurs.

De massacres fumants, teints de sang et de pleurs.

Venez tomber aux pieds de plus nobles images : 5

Voyez ces hommes saints, ces sublimes courages,

Héros dont les vertus, les travaux bienfaisants,

Ont éclairé la terre et mérité l'encens ;

Qui, dépouillés d'eux-même et vivant pour leiu's frères.

Les ont soumis au frein des règles salutaires, lo

Au joug de leur bonheur ; les ont faits citoyens ;

En leur donnant des lois leur ont donné des biens.

Des forces, des parents, la liberté, la vie;

III. — V. 2. « Meiirlricres idoles. « Haciiie, Phèdre, V, VII, a employé » ineiirlrière » ilaiis la nunne acception poétique :

Je hais jusqiies aux soins dont inhonorent les dieux, l't jo m'en vais pleurer leurs faveurs nicui'li-ières. V. «. i'Â. Lucrèce, V, 19.

Enfui qui d'un pays ont fait inie patrie.

Et que tle fois pourtant leurs frères envieux 16

Ont tl'aftronts insensés, de mépris odieux,

Accueilli les bienfaits de ces ilhistres guides,

Comme dans leurs maisons ces animaux stupides

Dont la dent méfiante ose outrager la main

Qui se tendait vers eux pour apaiser leur faim! 20

Mais n'importe ; un grand homme au milieu des supplices

Goûte de la vertu les augustes délices.

Il le sait, les humains sont injustes, ingrats.

Que leurs yeux un moment ne le connaissent pas ;

Qu'un jour, entre eux et lui, s'élève avec murmure 25

D'insectes ennemis une nuée obscure ;

N'importe, il les instruit, il les aime pour eux.

Même ingrats, il est doux d'avoir fait des heureux.

il sait que leur vertu, leur bonté, leur prudence,

Doit être son ouvrage et non sa récompense, 30

Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau.

De ses soins, de sa vie, est un prix assez beau.

Au loin dans l'avenir sa grande àme contemple

Les sages opprimés que soutient son exemple ;

Des méchants dans soi-même il brave la noirceur : 35

C'est là qu'il sait les fuir; son asile est son cœur.

De ce faite serein, son Olympe sublime,

Il voit, juge, connaît. Un démon magnanime

V. 21. Œuvres en prose, p. 171 : « C'est surlout quand les sacrifices qu'il l'aut faire à la vérité, à la liberté, à la patrie, sont dangereux et difficiles, qu'ils sont acpagnés aussi d'ineffables délices. C'est au milieu des délations, des outrages, des proscriptions; c'est dans les cachots, c'est sur les échafauds que la vertu, la probité, la constance, savourent la volupté d'une conscience orgueilleuse et pure. »

Page 1