CHANT IV
Mais les vieillaiTls ont parlé au peuple... « Peuple, un grand malheur est arrivé!... La fille d'Helcias , l'épouse de Joachim, Suzanne, est adultère (i). Nous l'avons vue!... La loi!... >> Le peuple, toujours crédule, dupe de leur fausse vertu , d'ailleurs toujours prompt à haïr ce qu'il est forcé d'admirer , s'assemble en tumulte devant la maison (aV.. Les vieillards arrivent; les esclaves menacent; mais les vieillards disent qu'ils apportent des paroles de paix. Ils entrent et demandent à lui parler seuls. Sans répondre, elle fait signe à son esclave de la laisser. Ils commencent par la vile menace : « Ton supplice est prêt. Il dépend de toi... » Elle reste immobile, les yeux baissés, et sans rien dire... Le second leprend : « Tu seras la plus heureuse des femmes... » Elle ne dit rien et reste immobile... Il s'emporte... « Nous nous vengerons sur tout ce qui t'est cher (3). Joachim périra... » Elle tremble. « Oui , Joachim périra , » s'écrient-ils tous deux ensemble. Alors elle lève la tête. Ses yeux fixent le ciel ; elle se lève, et, muette, passe dans un autre appartement... Ils sortent... « Ma sœur, je vais mourir... Dis à Joachim... O Joachim!... » Helcias
Arrive tout couvert de cendre et de lambeaux,...
Il embrasse sa fille... Il vient d'apprendre... Mais il sait qu'elle ne saurait être coupable... « Je ne veux que me traîner jusqu'à la porte detes persécuteurs ; je veux y mourir en les maudissant (4) • • •
(1) On peut dégager de la phrase un vers tout tait :
La fille d'Helcias, Suzanne est adultère I
(2) On pourrait presque deviner le vers :
En tumulte s'assemble au seuil de la maison.
(3) Ici encore :
Et nous nous vengerons sur tout ce qui t'est cher.
(4) Une simple inversion donne ce vers :
C'est en les maudissant que je veux y mourir.
382 PÔiÈMES
« Que ma dernière voix leur soit amère encore;
Qu'ils entendent ma mort ; que la prochaine aurore
Présente mon cadavre à leurs yeux effrayés,
Et qu'ils ne sortent point sans me fouler aux pieds. . »